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mercredi, mars 26, 2014

Darío Jaramillo Agudelo, un talent colombien méconnu en France !

Crédit photo : http://www.lamajadesnuda.com/

Darío Jaramillo Agudelo (Santa Rosa de Osos, Antioquia, 1947) est un poète, écrivain et essayiste colombien qui, après avoir été diplômé de l'Université Javeriana de Bogotá en droit et en économie, a commencé à exercer d'importantes responsabilités culturelles au sein d'organismes publics. Il est aussi devenu membre des conseils de rédaction de la revue Golpe de Dados et de la fondation à vocation littéraire Simon y Lola Guberek.
Mais l'écriture est son moteur. Très tôt dans sa vie, dès le lycée, la poésie est devenue son activité, son environnement de prédilection. Dans « Historia de una pasión » (2006) il écrit :
« La première fois que plusieurs de mes poèmes ont fait leur apparition dans une publication – grâce à Juan Gustavo Cobo, comme si souvent au cours de ma vie -, c'était, je crois, en 1966. Si j'évoque cette circonstance c'est pour évoquer une personnalité qui est chaque fois plus importante dans ma vie ; l'épigraphe mis en chapeau de cet ensemble de poèmes était de Jean Cocteau et il disait : « Le poète est aux ordres de ses nuits ». Depuis cette époque-là, il m'arrive des trucs avec Cocteau : souvent je me rends compte que Cocteau a déjà exprimé avec talent des choses que je pense depuis toujours ; par exemple « Je sais que la poésie est indispensable, mais j'ignore pourquoi ». Ou par exemple : « Le poète est un menteur qui dit toujours la vérité ». Ou encore quand il dit « Un vrai poète se préoccupe peu de la poésie. Tout comme le jardinier ne parfume pas ses roses ». »
Lauréat du Prix National de Poésie de Colombie en 1978 et finaliste du Prix Rómulo Gallegos en 2003, il a publié au cours des quarante dernières années huit recueils de poésie : Historias (1974), Tratado de retórica (1978),Poemas de amor (1986), Del ojo a la lengua (1995), Cantar por cantar (2001), Gatos (2003), "Cuadernos de música" (2008) et “Sólo el azar” (2011). Et son oeuvre poétique a fait l'objet de plusieurs rééditions, d'anthologies complètes et partielles et aussi de traductions – mais jamais encore en français !
L'écrivain, lui, nous a offert huit romans : La muerte de Alec (1983), Guía para viajeros (1991),Cartas cruzadas (1995), Novela con fantasma (1996), Memorias de un hombre feliz (1999), El juego del alfiler (2002), Historia de una pasión (2006), La voz interior (2006) et Historia de Simona (2011).
Quant à l'essayiste, il a publié deux ouvrages : Poesía en la canción popular latinoamericana (Pre-Textos, 2009) et Historia de una pasión (Sota de Bastos/El Taller Gráfico, 1997; Pre-Textos, 2006).
La principale caractéristique de l'écriture de Darío Jaramillo Agudelo, c'est la concision et la précision du langage au service de ses évocations. Il travaille ses textes jusqu'à n'y laisser que la substance exprimée avec des mots les plus familiers possibles. Et dans ses romans, en prime, il prend toujours un malin plaisir à révéler dès les premières lignes les principaux événements qui formeront la trame de l'histoire. Le suspense réside alors dans l'attente dans laquelle il réussit à plonger le lecteur qui n'a dès lors de cesse de vouloir connaître et comprendre les motivations profondes de chacun des personnages... Et, cerise sur le gâteau, aux côtés de ses raisonnements psychologiques, philosophiques voire métaphysiques, perce un humour qui apporte au lecteur une sorte de jubilation et la satisfaction intense d'être dans le camps de celui qui a compris et qui rit !
Bref ! Un auteur à découvrir !
Un avant-goût ici ou encore  !

A venir, quelques impressions de lecture ! Mais d'abord, rendez-vous dans le cadre de la Semaine Culturelle de notreassociation, le 4 avril 2014, à 19h45, à L'Espace Jacques 1er d'Aragon à Montpellier, pour une soirée poésie lors de laquelle Darío Jaramillo sera mis à l'honneur aux côtés de collègues du Languedoc Roussillon, François Szabo, Michel Arbatz et Christian Malaplate...

Edit : Le récit de cette soirée ici !

mercredi, mars 19, 2014

"La Hija del Caníbal" de Rosa Montero (1997)

La Hija del Caníbal de Rosa Montero, Espalsa Calpe, 1997

Lucía et son mari partent passer le réveillon à Vienne et, à l'aéroport, au moment d'embarquer, Ramón disparaît... Une demande de rançon émanant d'une mystérieuse organisation, Orgullo Obrero, lui parvient. Avec l'aide et le soutien de deux de ses voisins – l'octogénaire Felix, surnommé Fortuna, et le jeune Adrián -, Lucía tente de comprendre ce qui lui arrive et, surtout, ce qui est arrivé à son mari même si le couple vivait une vie amoureuse peu enthousiasmante.
Le récit est construit à la première personne : Lucía, auteure « ratée » qui écrit pour les enfants, nous raconte son histoire et tous ces états d'âme. A quatre ou cinq reprise, c'est Felix qui prend le relais : il raconte sa vie à Lucía. Il raconte son enfance au sein de la grande famille anarchiste : orphelin, c'est en fait le fameux Durruti qui a pris en main son éducation. Nous suivrons donc la célèbre bande anarchiste espagnole dans son exil sud-américain pendant les années vingt, puis dans les méandres de la guerre civile... Felix nous restitue l'atmosphère de ces années noires auxquelles il a survécu grâce à sa vie de torero et à sa capacité égoïste à vivre sa vie de jeune-homme malgré tout.
Ce roman alterne donc des scènes contemporaines où la recherche de la vérité sur l'enlèvement de Ramón se fait sur un mode parfois un peu burlesque qui fait penser aux films d'Almodovar et des scènes historiques qui peignent la réalité très trouble sur laquelle se fonde l'Histoire et ses mythes. La deuxième partie du roman intègre progressivement de plus en plus d'éléments visant à définir ce que peut être le sens de la vie...
Avec une intrigue qui au départ prend des airs assez burlesques, ce roman est très riche en réflexions qui plongent le lecteur sous la surface des choses, des événements...

Pas moins d'une dizaine de passages ont retenu mon attention, les sélectionner est assez difficile. Chacun en tirera ces propres perles tant il y en a !

P. 52
(…) sucede que en ocasiones no alcanzo a distinguir con nitidez un recuerdo mío del pasado de algo que soñé o imaginé, o incluso de un recuerdo ajeno que alguien me narró vívidamente.”

P. 109
Adrián se plaint auprès de Lucía :
- A mí nunca me preguntas nada. Sólo le consultas a él.
Me lo quedé mirando. En realidas, tenía razón.
  • Vale, bien, te pediré consejo más a menudo. Pero no te lo tomes tan a pecho. Es lógico que Felix tenga mucha más cosas qque contar. Es una de las pocas ventajas que te aporta la vejez, precisamente. Felix está lleno des recuerdos y de palabras interesante; y tú...
  • ¿Y yo?
  • Tú tienes la vida, Adrián, y eso me llena de irritación y de envidia. No te quejes tanto y aprovecha.”

P. 114. Lucía raconte que le surnom de son père, Padre-Caníbal, lui a été donné après que, très jeune homme pendant la guerre, cherchant avec deux camarades à échapper aux franquistes dans la montagne en plein hiver, l'un d'entre eux ayant succombé, ses camarades l'on mangé pour survivre. Parlant d'elle-même, de son histoire personnelle, elle décide de parler à la troisième personne...
Lucía Romero no sabía si el relato de su Padre-Caníbal era auténtico o no, porque había descubierto, ya de mayor, que su propia tendencia inventarse mentiras y vivirlas como si fueran ciertas era un rasgo heredado de su progenitor.”

P. 136, sur l'amour...
De quedarme con Adrían, de convivir con él, probablemente llegaría un momento en el que le odiaría por hablar y masticar al mismo tiempo, como ahora mismo estaba haciendo, llenándolo todo de perdigones de pan et de ssaliva. Pero hoy incluso esa porquería me resultaba enternecedora. No hay en el mundo arbitrarieda mayor ni injusticia más atroz que la del sentimiento.”

P.153 Sur la jeunesse :
A Lucía, en cambio, los jóvenes les producían desasosiego por su impresición: no eran inocentes, sino indeterminados, seres a medio hacer que todavía no habían revelado su capacidad para la grandeza o la miseria, para la solidaridad o la tiranía. Y no es que no fueran ya, dentro de sí, lo que luego serían: egoístas mediocres, o salvadores de la humanidad, o asesinos seriados. Eran todo eso y mucho más, soló que aún no habían cumplido los actos que los construirían públicamente como personas. Hitler fue adolescente, y Jack el Destripador fue adolescente, y Stalin debió de lucir, en su primera edad, una sonrisa deliciosa de adolescente georgiano. De modo que los jóvenes eran una especie de emboscados de sí mismo, identidades camufladas que se iban construyendo con los años, hasta llegar a la culminación final del ser, que es la viejez.”

P.169 Sur la place des femmes dans l'Histoire... Felix nous parle d'une femme du peuple qui l'a recueillie dans le Madrid de la fin des années vingt... et qui peste sur les hommes toujours à courir soit après les femmes soit après des mondes inmaginaires...
Pero a pesar de todas sus protestas, luego daba para la causa todo lo que podía: era tan generosa como soló pueden serlo los pobres. Paquita pertenecía a esa clase de mujeres que se han ido haciendo cargo de la vida cotidiana a lo largo de la historia, mientras los hombres guerreaban y descubrían continentes e inventaban la pólvora y la trigonometría. Si no llegua a ser por ellas, que se ocuparon de gestionar cosas tan vulgares y nimias como la alimentación y la procreación y la realidad, la Humanidad se habría acabado hace milenios.”

P.173 Sur la liberté et sur l'anarchisme, lorsque le jeune Felix annonce à Durriti, son “parrain”, qu'il veut devenir torero...
“ “Me parece muy bien. (…) El anarquismo no es una religión”, dijo Durruti. “Ni es tampoco una obligación que otro puede imponerte, como quien se mete en el Ejército. No. El anarquismo está dentro de uno, es una necesidad del corazón y de la cabeza. Y hay muchas maneras de trabajar para la causa.” ”

P. 197 Sur la guerre...
Toda guerra es abominable; las guerras civiles son, además, perversas. Ya lo habéis visto ahora en Yugoslavia. En España fue también así. Violencia y crueldad hasta la náusea. En la zona republicana, la fragmentación del poder y el caos de las luchas intetinas dificultaron el control de los excesos. En la zona nacional, las atrocidades las cometía un ejército regular y disciplinado con el beneplácito de las autoridades. Para mí est implica un grado y una diferencia, pero no creo que estas sutilezas morales le importen mucho al hombre al que le cortan lentamente las orejas antes de darle un tiro en la cabeza. Con el tiempo he aprendido que un muerto es un muerto en todas partes.”

P. 256 Sur la perception du temps qui passe...
Estuvimos juntos treinta años, hasta que ella me traicionó muriéndose antes que yo, pese a ser más joven. Qué caprichosos somos los humanos: he estado aburriéndote con mi labia y empleando muchísimas horas, como un viejo pesado, para contarte parte de mi vida, y ahora resulta que despacho treita años en un par de frases. Siempre me llamo la atención esa desproporción en el cálculo del tiempo que tenemos todos. (…) De niños, el reloj interno de los humanos está más afinado, va más lento; de mayor, todas tus viejas células se precipitan hacia el fin.”

P. 321 Sur l'harmonie du monde en dépit des apparences de chaos... Felix explique comment, pour survivre au froid en l'absence de leurs géniteurs, les poussins de pinguin se regroupent en formation très serrée au sein de laquelle chaque poussin est toujours en mouvement afin qu'il n'y en ait jamais un qui reste plus de quelques secondes exposé à l'extérieur du groupe...
Lo que te quiero decir con todo esto, Lucía, es que lo que llamamos el Bien está ya presente en la entraña misma de las cosas, en los animales irracionales, en la materia ciega. El mundo no es sólo furor y violenciay caos, sino también esos pingüinos ordenados y fraternales. No hay que tener tanto miedo a la realidad, porque no es sólo terrible, sino también hermosa.”

Une critique de Mikaël Demets pour le Figaro parue en 2006 lors de la sortie de ce roman en français : http://evene.lefigaro.fr/livres/livre/rosa-montero-la-fille-du-cannibale-17773.php?critiques#critique-evene



Et de ce roman a également été tiré un film !


Cette auteure vous intéresse ? Alors vous pouvez lire aussi : Le Roi transparent, de Rosa Montero


dimanche, mars 09, 2014

Le Roi transparent, de Rosa Montero

Rosa Montero est une auteure et journaliste espagnole, née en 1951 à Madrid.
Elle a écrit des essais, des contes, et surtout une quinzaine de romans, dont beaucoup ont été traduits en français.


Le Roi transparent est l'un des plus connus. Il a été publié en 2005 chez Alfaguara et en 2008 chez Métailié pour la traduction française.

« Je me revois en train de labourer le champ avec mon père et mon frère, il y a si longtemps qu'on dirait une autre vie. Le printemps nous talonne, l'été se rue sur nous et nous sommes très en retard pour les semailles : cette année, non seulement nous avons dû labourer en premier les champs du seigneur, comme d'habitude, mais il a fallu aussi réparer les fossés de son château, faire provision de vivres et d'eau dans les tours, étriller ses puissants chevaux de bataille et débroussailler les prés autour de la forteresse afin d'éviter que les archers ennemis puissent s'y embusquer. »

C'est l'histoire d'une paysanne, nommée Léola, qui vit dans le sud de la France.
L'histoire se passe au Moyen Age. Dès le début du roman,sa maison est brûlée et son père et son fiancé sont recrutés de force pour aller faire la guerre. Elle part alors seule sur les chemins. Pour sa sécurité, elle décide de se déguiser en chevalier. Elle rencontre une sorcière, Nynève, qui va l'aider à acquérir de nombreuses connaissances et lui faire rencontrer un grand nombre de personnages, comme Aliénor d'Aquitaine ou Richard Coeur de Lion.
Il s'agit donc à la fois d'un roman initiatique et d'un roman d'aventures : l'histoire est prétexte au voyage, à l'exploration, à la réflexion sur la vie et sur la mort, l'amitié, la fidélité, la justice, la vérité et le mensonge...

Ce livre est très documenté, mais Rosa Montero a pris ses distances et beaucoup de libertés avec la stricte vérité historique (et géographique), comme elle l'explique elle-même :
« Le Roi transparent est né de ma passion pour le monde médiéval. Non que j'aie décidé d'écrire un roman historique sur le XIIe siècle et que je me sois ensuite documentée, mais parce que le livre a surgi spontanément d'une immersion préalable dans le sujet, de mon goût de lectrice pour cette époque. En réalité, s'il fallait faire entrer ce livre dans un genre narratif, je crois qu'il se trouverait plutôt dans celui des romans d'aventures ou fantastiques. […] Plus que les données historiques, j'ai voulu saisir les mythes et les rêves, l'odeur et la sueur de ce temps-là. De sorte que ce livre est volontairement anachronique, ou plutôt achronique. Au cours des vingt-cinq années que durent les péripéties de Léola sont narrés des événements qui s'étendent sur un siècle et demi. Par exemple, les deux croisades populaires qui sont citées ont vraiment existé et se sont vraiment achevées aussi lamentablement mais la première, celle de Pierre d'Amiens, a eu lieu en 1095 et celle des Enfants en 1212, de sorte que maître Roland n'a pas pu être témoin des deux, comme il le prétend. Toutefois, je crois qu'en rapprochant ces croisades dans le temps j'ai reflété une vérité plus importante, qui est l'incessante cohue vagabonde qui peuplait les chemins à cette époque. »
Elle reconstruit donc l'Histoire pour faire ressortir ce qui constitue selon elle l'essence de cette époque.

Rosa Montero a un vrai talent de conteuse. J'aime beaucoup cette auteure. Si vous êtes comme moi, nous avons de la chance : elle sera présente sur la prochaine Comédie du livre !
Elle fera partie des trois auteurs hispanophones accueillis à l'occasion de la mise à l'honneur des éditions Métailié (avec Santiago Gamboa, Colombien, et Luis Sepúlveda, Chilien).
Pour en savoir plus :
Rachel Mihault
Le Roi transparent, de Rosa Montero, Editions Métailié, Paris, 2008