vendredi, juillet 24, 2015

« Coupable vous êtes », de Lorenzo Lunar (Cuba)

Contemporain de Padura, Lorenzo Lunar est lui aussi un auteur de polars cubains. Son terrain n'est pas la Havane, mais la ville de Santa Clara – dont il est originaire et où il tient une librairie -, à 300km de la capitale, au centre de l'île. La petite chanson de Lorenzo Lunar est donc assez semblable à celle chantée par Padura.

L'intrigue policière de « Coupable vous êtes » est

mercredi, juillet 22, 2015

« Pasado perfecto », de Leonardo Padura (Cuba)

Écrivain rencontré en mars dernier lors de son passage remarqué à la Librairie du Grain des Mots, c'est avec grande curiosité et envie que je me suis plongée dans « Pasado perfecto » [« Passé parfait » traduit par Caroline Lepage chez Métailié, 2001], le premier opus de la série de romans policiers qui ont fait sa réputation de chroniqueur de la vie quotidienne cubaine d'aujourd'hui.

Ce récit nous fait faire la connaissance de Mario Conde – flic, 35 ans -, au petit jour d'une cuite monumentale prise à l'occasion

jeudi, juillet 09, 2015

Suggestions de lecture pour l'été...

Comme promis , quelques participants du groupe de lecteurs vous invitent à profiter de l'été pour partager leurs coups de cœur !


Marc vous suggère :
Roman « El Dorado » de

mardi, juin 30, 2015

Réunion d'avant l'été !

Nous avons passé un très très  bon moment, samedi 27 juin, pour notre dernière réunion avant l'été.

Ce fut aussi notre dernière réunion en tant que comité de lecture AFCM, mais nous n'arrêtons pas nos activités ! Bien au contraire, nous allons continuer à les développer au sein d'une nouvelle association de lecteurs (mais en gardant toujours des liens très forts avec l'AFCM qui nous a vus naître). Nous vous en dirons plus très bientôt, continuez à nous suivre sur ce blog !


Voici quelques photos de ce bon moment, pour vous inviter à nous rejoindre ;)


dimanche, juin 28, 2015

Auteur et lecteur

Qu'est-ce qu'être auteur ? Qu'est-ce qu'être lecteur ?
Comment auteur et lecteur se rencontrent-ils ?

François Bégaudeau est l'auteur de huit fictions. La plus connue est Entre les murs (prix France Culture-Télérama 2006, adapté au cinéma par Laurent Cantet). La dernière s'intitule La politesse.



Le narrateur y relate de l'intérieur, de façon désabusée, la vie d'auteur : mal payé, pas vraiment lu et

dimanche, juin 14, 2015

Lydie Salvayre

Lydie Salvayre est romancière. Elle a reçu plusieurs prix pour ses nombreux romans traduits en plusieurs langues et le prix Goncourt 2014 pour son dernier roman, Pas pleurer.
Elle était l'invitée et la carte blanche de la Comédie du livre 2015.


Pour écrire ce livre, Pas pleurer, elle a étudié les écrits de Bernanos (qui a vécu les débuts de la guerre civile espagnole) et recueilli le témoignage de sa mère très âgée, Montse. Elle mêle les deux dans ce roman poignant.
Les écrits de Bernanos l'amènent à s'interroger sur ce que représente le témoignage et l'engagement d'une personnalité dans des temps politiquement troublés :
« Au seuil d'écrire son livre et de dénoncer les méfaits de cette Eglise, tant adorée de doña Pura, Bernanos hésite un instant. Qu'a-t-il à gagner à cette entreprise ? Et qu'ai-je moi-même, me dis-je, à gagner à la faire revivre ? A quoi bon touiller cette saloperie dont l'univers s'est écoeuré ? se demandait un autre de mes admirés, Carlo Emilio Gadda, dans les premières pages d'un livre qu'il mena jusqu'au bout sur l'abjection mussolinienne.
Bernanos sait parfaitement que ces vérités ne sont pas bonnes à dire et qu'on va les lui reprocher. Mais il se décide à franchir le pas, non pour convaincre, dit-il, encore moins pour scandaliser, mais pour pouvoir se regarder en face jusqu'à la fin de ses jours et rester fidèle à l'enfant qu'il fut et que l'injustice accablait.
Il s'y décide car il a vu son propre fils Yves déchirer en pleurant la chemise bleue de la Phalange après que deux pauvres diables, deux braves paysans palmesans, eurent été assassinés sous ses yeux. (Yves désertera bientôt la Phalange et s'enfuira loin d'Espagne).
Il s'y décide, car le scandale d'une Eglise qui tapine avec les militaires l'a blessé au centre vif de sa conscience.
Et bien qu'il lui en coûte de le dénoncer, il lui coûte plus encore d'en être le voyeur muet. L'image de ces prêtres, le bas de leur surplis trempant dans le sang et la boue, et donnant leur viatique aux brebis égarées qu'on assassine part troupeaux, le révulse. » 
 
A travers le personnage de Montse, elle nous fait sentir ce que c'est que le combat, la désillusion, la douleur, l'exil... et aussi « penser entre les langues » :

« Montse, Rosita, José et Juan arrivent le soir du 1er août dans la grande ville catalane où les milices libertaires se sont emparées du pouvoir. Et c'est la plus grande émotion de leur vie. Des heures inolvidables (me dit ma mère) et dont le raccord, le souvenir ne pourra jamais m'être retiré, nunca nunca nunca.
Il y a dans les rues une euphorie, une allégresse et quelque chose d'heureux dans l'air qu'ils n'ont jamais connu et ne connaîtront plus. Les cafés sont bondés, les magasins ouverts, les passants qui déambulent semblent saisis d'une sorte d'ivresse, et tout fonctionne formidablement et comme en temps de paix. Seules les quelques barricades encore dressées et les églises détruites avec leurs saints de plâtre jetés devant leur porche viennent leur rappeler que la guerre sévit.
Ils parviennent sur les Ramblas.
Une ambiance impossible à décrire, impossible, ma chérie, de t'en communiquer la sensation vivante pour qu'elle t'aille en plein cœur. Je crois qu'il faut l'avoir vivi pour comprendre la commotion, le choc, el aturdimiento, la revelación que fue para nosotros el descubrimiento de esta ciudad en el mes de agosto 36. Les orphéons, les fanfares guerrières, les fiacres à chevaux, les drapeaux aux fenêtres, les banderoles tendues d'un balcon à l'autre qui déclarent la mort au fascisme, les portraits géants des trois prophètes russes, les miliciens en armes qui roulent des mécaniques avec au bras une fille en pantalon, les autobus à étages décorés des sigles rouge et noir, des camions roulant en trombe chargés de jeunes gens brandissant des fusils et que la foule acclame, une foule qui semble portée par un sentiment de sympathie, d'amitié, de bonté, que personne au monde ne peut imaginer, des orateurs bouillants perchés sur des chaises branlantes, Míralos camarada ! Van a la lucha, tremolando sobre sus cabezas el rojo pabellón ! Qué alegres van ! Acaso la muerte les aguarda, pero ellos prosiguen su camino, sin temer a nada o a nadie, des haut-parleurs annonçant les dernières nouvelles de la guerre, et entre ces nouvelles, des couplets de L'Internationale repris en cœur par les passants, les passants qui se saluent gentiment, qui se parlent gentiment et s'embrassent sans se connaître, comme s'ils avaient compris que rien de beau ne pouvait advenir sans que tous y eussent leur part, comme si toutes les choses imbéciles que les hommes d'ordinaire s'inventent pour s'entretourmenter s'étaient, pffffft, volatilisées. »

C'est aussi un retour sur le passé et le récit de la guerre civile espagnole et de l'exil vus à travers le regard de la génération d'après :

« Elle fut, malgré sa jeunesse, dans une fatigue sans nom, mais elle continua chaque jour à mettre un pied devant l'autre, ADELANTE ! L'esprit uniquement occupé à trouver les moyens de survivre, se jetant à terre ou dans un fossé dès qu'apparaissaient les avions fascistes, le visage écrasé sur le sol et son enfant contre elle, terrifiée de peur et suffocante à force de pleurer, son enfant à qui elle murmurait Ne pleure pas ma chérie, ne pleure pas mon poussin, ne pleure pas mon trésor, se demandant en se relevant couverte de terre si elle avait eu raison de faire subir cette apocalypse à sa fillette.
Mais ma mère avait dix-sept ans et le désir de vivre. Elle marcha donc pendant des jours et des jours vers un horizon qui lui semblait meilleur de l'autre côté de la montagne. Elle marcha pendant des jours et des jours dans un paysage de décombres et atteignit la frontière du Perthus le 23 février 1939. Elle resta quinze jours dans le camp de concentration d'Argelès-sur-Mer dans les conditions que l'on sait, puis fut dirigée vers le camps d'internement de Mauzac où elle retrouva Diego, mon père.
Après maintes péripéties, elle finit par échouer dans un village du Languedoc, où elle dut apprendre une nouvelle langue (à laquelle elle fit subir un certain nombre d'outrages)et de nouvelles façons de vivre et de se comporter, pas pleurer. »

En bref un roman fort, dont on ne peut que recommander la lecture.
Rachel Mihault
Pas pleurer, Lydie Salvayre, Seuil, 2014

mardi, juin 09, 2015

"Gran Madam's" d'Anne Bourrel

Il y a des livres comme ça qui vous attrapent malgré vous – ou presque ! "Gran Madam's" d'Anne Bourrel, auteure de notre région, est de ceux-là !

lundi, juin 01, 2015

On s'est régalé !

Nous nous sommes vraiment régalés sur cette Comédie du livre 2015 !
Nous avons pu échanger autour de la fonction de l'écrivain, des relations auteur-traducteur, de l'humour dans la littérature,.. et de plein d'autres sujets, avec Aníbal Malvar et Carlos Zanón, Sergi Pàmies, Victor del Arbol et Aro Sáinz de la Maza.

dimanche, mai 31, 2015

Carlos Zanon

Carlos Zanón en su novela No llames a casa (N'appelle pas à la maison) nos presenta por una parte a Max y Meche una pareja de amantes, el primero divorciado que busca por cualquier medio convencerla de iniciar una vida con él y dejarlo todo atrás, mientras ella, indecisa no se atreve a dar el paso. Por otra a Raquel, Bruno y Cristian que llevan su profesion de estorcionistas de parejas infieles con resignacion, es un trabajo fácil y repetitivo hasta que uno de ellos habla con Max. El libro nos lleva de una punta a otra por las angustias de los tres estorcionistas y la necesidad de Max de que Meche sea una mujer libre.


La Barcela que nos muestra Zanón, es la vivida por personas de clase media y fuera de la ley. Un mundo sórdido en el cual todos los personajes deben tomar elecciones en las situaciones más adversas, cada uno va descubriendo hasta qué punto tienen límites sus deseos. Cada uno, a su manera, busca no ceder a lo peor de sí mismos.

Meche va sur le canapé pour prendre son café avec une pointe de lait, qu'elle n'a même pas eu à demander. Un moment d'harmonie du quotidien. Elle pense que c'est peut-être ça qui la tue. Elle l'a clairement ressenti aujourd'hui, mais c'est vrai aussi que, il n'y a pas si logntemps elle pensait tout le contraire. Elle se rèjoussait a l'idée d'intégrer Max dans sa vie, de pouvoir lui raconter toutes les petites choses qui restent dans une sorte de no man's land qu'elle ne peut lui expliquer de peur de le blesser et dont elle ne peut pas non plus parler chez elle car personne ne l'écoute. Max n'a pas laissé passer la contradiction”


Siempre los seres humanos pensarán y desearán hacer más cosas de las que son capaces, y en ocasiones se sorprenderán de lo que pueden llegar a pensar para lograr estar con la persona que aman, luchar contra la soledad o buscar otro lugar para ser felices. N'appelle pas à la maison, nos muestra estas contradicciones y nos confronta también con nuestro límites.

Lisez également l'article d'un autre participant à notre comité de lecture, Marc Ossorguine, sur son blog :
http://www.filsdelectures.net/2015/04/ZANON_n-appelle-pas-a-la-maison.html

Liliana TAVERA
N'appelle pas à la maison, Carlos Zanon, éd. Asphalte, 2014

jeudi, mai 28, 2015

"Chansons d'amour et de pluie" de Sergi Pàmies

Continuons notre découverte des nouvelles de Sergi Pàmies. Son dernier opus en date (Ed. Jacqueline Chambon/Actes Sud, 2014) est donc "Chansons d'amour et de pluie". Comme dans son précédent recueil, Sergi Pàmies nous balade dans son exploration de la vie quotidienne. Celle de ses contemporains et - vues l'acuité et la pertinence de sa vision du monde – de la sienne.


mercredi, mai 27, 2015

"La Ballade des misérables" de Aníbal Malvar

Parmi les auteurs ibériques que nous aurons le plaisir de rencontrer pendant la 30ème édition de la Comédie du Livre, se nichent plusieurs talents méconnus, dont celui d'Aníbal Malvar, journaliste et écrivain de Galice, dont un seul des dix ouvrages qu'il a déjà publiés outre Pyrénées a – brillamment ! - été traduit en français par Hélène Serrano.


lundi, mai 11, 2015

"La Bicyclette statique" de Sergi Pàmies

Dans trois semaines maintenant s'ouvrira à Montpellier la 30ème édition de la Comédie du Livre, rendez-vous incontournable pour tous ceux qui aiment lire et rencontrer les auteurs, et qui veulent, par la même occasion, se faire un panier de lecture estivale !
Comme depuis quelques années déjà, le Comité de Lecture de l'AFCM sera au rendez-vous et s'est donc vu confier cette année l'animation de trois rencontres avec des écrivains qui nous sont familiers ou que nous avons découverts pour l'occasion !

L'une de ces rencontres se tiendra le samedi 30 mai à 14h, au tout nouveau Gazette Café, avec Sergi PÀMIES.

mercredi, mai 06, 2015

Nous avons aimé

Nous avons beaucoup aimé le dernier roman de Victor del Arbol, Un millón de gotas (Toutes les vagues de l'océan).

Après les impressions de lecture de Liliana Tavera et de Laurence Holvoet, voici celles de Françoise Jarrousse :


C’est pour moi une lecture déjà lointaine. Cet été pour la version originale et il y a déjà 3 mois pour la version française dont la traduction ne m’a pas toujours convaincue. Mais c’est un autre problème.
Beaucoup de choses ont été dites sur ce roman, sans doute le plus ambitieux de Victor del Arbol, un vrai roman russe, et pas seulement parce qu’une partie du roman se déroule dans la Russie de Staline.
Victor dit que ce roman il l’a pensé comme un voyage, un voyage dans le temps (de 1933 à 2002) et un voyage dans l’espace (il parcourt une grande partie de la géographie européenne, de la Sibérie à Barcelone en passant par la France). Mais c’est aussi un voyage personnel, celui de Gonzalo cet avocat barcelonais d’environ 40 ans qui va découvrir, en enquêtant sur la mort de sa sœur Laura, qui était vraiment son père.
Comme ses autres romans, celui-ci est construit comme un puzzle dont peu à peu les différentes pièces s’assemblent. Mais cela n’a rien de gratuit car il s’agit de dévoiler peu à peu l’histoire des différents protagonistes. Des destins emportés dans la déferlante de l’Histoire. Des destins qui sont autant de gouttes dans l’océan de la vie.
Cela m’a rappelé un vers d’Aragon qui m’a trotté dans la tête pendant toute ma lecture : « C’était un temps déraisonnable, on avait mis les morts à table …Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ». Ces références poétiques ne sont pas gratuites car il y a dans le livre, comme des petits cailloux semés sur une route, ces 2 vers de Maïakovski qui reviennent comme un leitmotiv tout au long du roman :  «  La première goutte qui tombe est celle qui commence à briser la pierre – La première goutte est celle qui commence à être océan ». Il y a aussi l’ombre d’Ana Akhmatova,la poétesse de « Requiem » qui a donné son nom à un personnage clé du livre. Un autre petit caillou, le médaillon qui renferme la photo d’Irina,la mère d’Ana et qui traverse le temps.
C’est étrange, mais j’ai l’impression de voir une œuvre en train de se construire, comme on construit une maison, ou une vie. Je repense au premier livre publié « El peso de los muertos » non traduit et à une phrase qui avait attiré mon attention parce qu’elle me semble essentielle pour comprendre le chemin que suit Victor : « Quien no sabe de donde viene no sabe adonde va » (p380). L’importance et la nécessité de la mémoire. On ne peut se construire que si l’on accepte son passé, de manière individuelle et de manière collective. C’est comme la colonne vertébrale de tous ses livres. Et cela m’a rappelé ce que Juan Gelman disait le 24/04/2008 quand il a reçu le prix Cervantes  : « Hay quienes vilipendian este esfuerzo de memoria. Dicen que no hay que remover el pasado, que no hay que tener ojos en la nuca, que hay que mirar hacia adelante y no encarnizarse en reabrir vieja heridas. Están perfectamente equivocados. Las heridas aún no están cerradas. Laten en el subsuelo de la sociedad como un cáncer sin sosiego. Su único tratamiento es la verdad. Y luego, la justicia.Sólo así es posible el olvido verdadero. »
Et puis, il y a d’autres éléments qui sont liés à ce qu’il est et qui donnent à ses romans leur profondeur. C’est l’épaisseur humaine des personnages. Ce sont des personnages de chair et de sang qui nous sont proches, des relations humaines criantes de vérité et qui nous ramènent sans cesse à nos propres interrogations : Qui somment-nous vraiment ? Est-ce que nous connaissons vraiment nos parents, nos proches ? (Je pense à la dédicace de « Un millón de gotas » : « A mon père et à nos murs de silence ») Comment traversons-nous l’histoire ? Qui sont les véritables héros ? Quelle est la place de l’enfant dans la famille ? Pourquoi ces enfances foudroyées, ces destins brisés ? Pourquoi tant de douleur et tant d’horreur ? C’est dans un voyage au plus profond de l’âme humaine que nous sommes embarqués. Et malgré toute la violence du monde et la violence des hommes, il y a toujours un espoir, la volonté de continuer à avancer.
Ces thèmes sont récurrents dans les 4 romans publiés de Victor del Arbol , et les personnages se ressemblent . Lucía (« El peso de los muertos »), María « La tristeza del samurai »), Eduardo (« Respirar por la herida ») et Gonzalo (« Un millón de gotas ») sont frères et sœurs. Et puis, dans chacun des livres, il y a bien le poids des morts qui pèse sur le présent et sur les vivants.
Une démarche profondément humaine, des romans construits comme des puzzles sans que jamais cette construction soit gratuite et un style précis et nuancé à la fois avec des moments de grâce, des moments où le temps semble s’arrêter.
Ainsi, dès les premières pages: « El joven se acercó a la orilla. El agua tranquilo del lago emitía un destello de latón.Ven, le decía aquella oscuridad. Ven y olvidémoslo todo. El niño flotaba boca abajo, como una estrella de mar, y las gotas de lluvia, millones de ellas, borraban su cuerpo, que, poco a poco, empezó a hundirse ».
Il y aurait, bien-sûr, beaucoup d’autres choses à dire, des pistes à creuser. Je ne parle ici que de ce qui me reste en mémoire. Mais nous aurons l’occasion de reparler de tout cela lors de la Comédie du Livre !
(ne manquez pas la rencontre avec Victor del Arbol et Aro Sainz de la Maza, dimanche 31 mai à 19h au Gazette Café à Montpellier)

samedi, mai 02, 2015

Rencontre autour des Kogis

Samedi 11 avril, dans le cadre de la semaine culturelle de notre association, Amitiés franco-colombiennes de Montpellier, l'auteure Kathy Dauthuille nous a présenté son beau livre, Tisserand du Soleil.



Un conte poétique, philosophique et initiatique ; un hommage vibrant aux Kogis qui règnent encore dans les hauteurs de Santa Marta en Colombie où ce peuple-racine vit en harmonie avec la nature et dans le respect de la Terre-Mère.
Sous la forme de 36 mélopées, l'auteur Kathy Dauthuille imagine la naissance d’une amitié entre le narrateur et un tisserand kogi. Cette rencontre est à l'origine d'un dialogue qui nous introduit au coeur d'une culture méconnue, avec ses rituels, ses paysages montagneux et ses croyances.



En voici un extrait :
Mélopée trois ( Le tissage)

"Le Kogi était assis devant une colonne vibrante, un réseau de fibres de lumière, face à un écran de matière blanche.
À le voir absorbé, je me rendis compte que sa vie était un creuset plein de mystère.
Il était tellement occupé à sa haute tâche qu’il ne prêta pas attention à ma présence. Il demeurait arqué sur une construction, un but… Il matérialisait ses rêves ; en fait il tissait.
L’espace prenait des nuances de voiles ; le mauve du ciel appelait l’or comme si une seconde tenture se dessinait, passant progressivement d’une couleur à l’autre.
Il tissait le fil, tissait la vie, croisait ses pensées dans le cœur oublié du monde.
C’est dans le silence et avec lenteur qu’il exprimait ce lien intense aux choses. Et c’est par cette alchimie primordiale que le tissu deviendrait sagesse, mémoire et vérité.
Comme tant d’autres de sa tribu, il tressait à son tour le temps, sa destinée. Maintes fois il passa par la porte solaire symbolisée sur son métier, pour reprendre le fluide, le courant, l’énergie cosmique.
Chaque fois que le fil blanc, mâle ou femelle, passait entre ses doigts, il clignait des yeux et semblait voir autre chose : sa vie, ou celle d’un autre, en un déroulement d’images, de sons, d’odeurs…
Ainsi refaisait-il les mêmes gestes que ceux de son père, de son grand-père, depuis le jour où leurs ancêtres étaient sortis de l’œuf cosmique.
Avec amour et attention, il reproduisait les arcanes immuables sur ce métier qu’on lui avait transmis comme l’on transmet un objet sacré.
Il était bien là, ce lien magique qui le reliait à toute la lignée depuis la première aube."


Nous vous recommandons la lecture de ce très beau livre !
Pour plus d'informations, n'hésitez surtout pas à consulter le site de Kathy Dauthuille :
http://kathy.dauthuille.free.fr/Tisserand.htm

vendredi, avril 03, 2015

"Toutes les vagues de l'océan" de Victor Del Arbol

Liliana nous en a parlé hier, je vous en parle aujourd'hui... Je l'ai lu en français, donc j'ai lu "Toutes les vagues de l'océan" de Victor Del Arbol, traduit par Claude Bleton.
© Sergio Castor, 2015



Et je vais vous en dire à peu près la même chose que Liliana : ce livre, en dépit de ses presque 600 pages, se lit très vite : le suspens et le rythme nous entraînent, via des flash back, d'Espagne au fin fond de l'URSS, sur la sinistre île de Nazino... De la guerre d'Espagne aux geôles staliniennes. Des plages françaises des Pyrénées Orientales où le gouvernement de Vichy parquait les réfugiés espagnols à la deuxième guerre mondiale et à la guerre froide qui s'ensuivit. Le tout relié à l'histoire tout à fait contemporaine des descendants des protagonistes de ces temps "anciens" qui, aujourd'hui encore, sont emberlificotés à leur insu dans ce maelstrom de péripéties et de tragédies du 20ème siècle européen...
Tous les personnages, des principaux aux secondaires, ont une histoire consistante faite d'ombre et de lumière... à moins que ce ne soit l'inverse ?! Pas de bons et pas de méchants, juste des êtres humains ballottés par la vie et par des événements qui les dépassent en dépit de leur volonté de faire vivre leurs rêves et leurs principes...
Victor Del Arbol, en général, c'est l'art du roman puzzle, et il est, là, dans "Toutes les vagues de l'océan", doublé de l'art du retournement de tendance !
Voilà ce qu'en conclut l'un des personnages :
"Tu aurais pu être un homme bon Elías. Et j'aurais pu être bonne aussi. Nous avons fait beaucoup d'efforts, n'est-ce pas ? Nous avons supporté plus que nos enfants ne pourront jamais le comprendre. Nous avons atteint les limites de la souffrance et nous avons résisté. Mais à un moment donné nous avons perdu la boussole, nous avons quitté la route et n'avons pas su la retrouver.
Le temps des humiliations, de la justice et de la rancœur est venu. Nous serons haïs par ton fils, que j'ai tellement essayé de protéger de toi, nous serons haïs par ta fille, nous serons haïs par nos camarades de lutte, nos victimes, nous serons haïs par le temps et par l'Histoire. 
(...) Car c'est cela, je le comprends maintenant, que nous avons toujours été. Pas des héros, pas des rampants. Juste des hommes et des femmes. Et nous avons vécu."
On navigue de raisons d'Etat en raisons du cœur, de grandes idées généreuses en mesquineries et jalousies humaines. Tout y est !
On se régale et on médite sur la bizarrerie de la condition humaine !
Bref, allez-y sans hésiter, même si le livre est très gros !

Et pour en savoir plus, allez lire le blog de Marc Ossorguine => http://www.filsdelectures.net/2015/03/toutes-les-vagues-de-l-ocean.html
Et vous pouvez aussi écouter Marc, en compagnie de Françoise Jarousse, nous parler de ce livre-monument ! => http://www.divergence-fm.org/IMG/mp3/co025_150324_clairobscur_toutes_les_vagues_de_locean.mp3


"Toutes les vagues de l'océan", de Víctor Del Árbol, traduit par Claude Bleton, Actes Sud, 2015, 595p.




"La Maison des chagrins", de Víctor Del Árbol

En faisant un tour de notre blog, Version Libre, à la recherche des billets parlant de Víctor Del Árbol*, nous nous rendons compte que nous avons bizarrement zappé "La Maison des chagrins", traduit par Claude Bleton, et qui est paru chez Actes Sud en 2013 !

Ce n'est pas faute pourtant de l'avoir lu et apprécié ! Il est même venu nous en parler au Grain des Mots en novembre 2013, et l'enregistrement de la rencontre est disponible !
Mais tout de même, réparons en quelques mots cet oubli bizarre...
Voilà tout d'abord ce qu'en disent les éditeurs :
"Eduardo tente de survivre dans un appartement sans âme, grâce à l’alcool et aux psychotropes que lui prescrit la psychiatre chargée de sa réinsertion. Il vient de purger une peine de prison pour le meurtre du chauffard qui a tué sa femme et sa fille, voilà quatorze ans. Peintre autrefois coté, il gagne sa vie en exécutant à la chaîne des portraits anonymes que sa galeriste place dans les grandes surfaces. Un jour, celle-ci lui transmet une bien étrange commande : une célèbre violoniste lui demande de réaliser le portrait de l’homme qui a tué son fils. Elle veut pouvoir déchiffrer sous les traits de l’homme les caractéristiques de l’assassin. Unis dans la même douleur, la commanditaire et l’artiste ouvrent bientôt la boîte de Pandore, déchaînant tous les démons qui s’y trouvaient enfouis.
Le pinceau d’Eduardo met au jour une galerie d’êtres tourmentés, enfermés dans un drame qui a figé leur existence : un jeune Chinois androgyne qui fait commerce de son corps, un fils de combattant de l’OAS enrichi par le gaz et le pétrole d’Alger, un ex-agent de la police politique de Pinochet, un Arménien sans foi ni loi, une jeune fille abusée par l’amant de sa mère, un mercenaire soufi… Autant de personnages qui hantent la maison des chagrins, pris au piège d’une vengeance désespérée et d’un hasard qui n’est que l’autre nom du destin.
Assemblant sous les yeux du lecteur les mille et une pièces d’un terrifiant puzzle, Víctor del Árbol signe un roman vertigineux de maîtrise, glaçant de noirceur et désarmant d’humanité."
Et ce dont je me souviens de cette lecture :
Le foisonnement des personnages est étonnant. Victimes des hasards parfois noirs de la vie, ils sont souvent animés par l'amour, par la haine et puis par le désir de vengeance. Certains sont directs et d'autres mûrissent lentement leur revanche... Chacun a ses raisons, et à bien y réfléchir, elles sont souvent "bonnes"... Mais ce qu'ils en font est souvent impitoyable ! En tout cas, on ne s'ennuie pas, et si les "hasards" qui construisent progressivement la cohérence du récit sont des artifices romanesques, cela n'enlève rien à la stupeur qui nous prend au fur et à mesure des découvertes que nous faisons.
Voilà ! L'oubli est réparé;o) !



"La Maison des chagrins", de Víctor Del Árbol, traduit par Claude Bleton, Actes Sud, 2013, 475 pages.
En espagnol : "Respirar por la herida" Víctor Del Árbol, Editorial Alrevés, 2013.


* Pour trouver ces articles, entrez "Victor Del Arbol" dans la fenêtre "Buscar" en haut à droite du blog : tous les articles où son nom est cité apparaîtront...

jeudi, avril 02, 2015

Un millón de gotas, ou Toutes les vagues de l'océan




Un millón de gotas, novela negra, llena de misterios y desgracias, en la que se puede descubrir otra parte de esa oscura historia humana. Una novela que el lector no puede dejar de lado y que lo sumerge en un viaje por el tiempo y el espacio. Llama la atención leer los conflictos de cada personaje. No son humanos beátos, son personas llenas de ambigüedades y contradicciones. Víctor del Árbol nos presenta personajes tan humanos que se balancéan entre la bondad y el odio, la grandeza y la humillación, entre el heroísmo y la paranoia.



 A través de esa ambiguedad, el autor nos confirma una certidumbre : la historia humana, aterradora y cruel se repite, cada ser humano puede ser tan bueno como malvado, cada uno puede albergar un oscuro deseo. Así como es presentado el enigmático personaje de Elías Gil « Esa calma no era resignación y tampoco cabía confundirla con la frialdad cruel y asesina de Ígor Sern. Tenía más que ver con un agujero dentro, como un disparo que sangraba en el interior de su alma y que se hacía más y más grande, un silencio oscuro, profundo, sólido. Las partes de Elías que podían sufrir, temer o incluso sentir amor estaban cercenadas, colgaban de ese silencio como miembros descoyuntados que ya no tenían utilidad. Ya no cabía la amargura ni el reproche. Comprendía que la inmensidad de lo que le había ocurrido a él le había sucedido antes a otros miles, no aquí, en la Unión Soviética, sino en cualquier rincón del mundo donde hubiese seres humanos. Y después les pasaría a otros miles, a millones quizá. Morirían sin razón, o por razones absurdas, la gente se aferraría a las banderas, a los himnos, a las trincheras. Matarían, morderían, destrozarían cuanto se interpusiera entre ellos y la vida. Y eso no sería ni bueno ni malo. »



Así Víctor del Árbol, en su novela Un millón de gotas nos habla de las guerras, de los campos de concentración. La matrioska, un enemigo invisible, nos permite viajar por los campos de concentración de  Rusia de 1930, por la frontera de España con Francia durante la Guerra Civil española y nos hace un recorrido por una europa del siglo XX convulsionada, llena de historia, de cambios, de muertes y nos muestra hasta qué punto el pasado continúa forjando nuestro presente. Una tragedia, que nos toca la piel y nos hace en ocaciones alejar el libro, para no ver ni sentir esa crueldad casi animal de la que son capaces algunos.


 

Lo que atrapa al lector en Un millón de gotas, no es el morbo de leer algunas de esas atrocidades, es la maestría con la que Víctor del Árbol mantiene el suspenso. Al pasar las páginas, al llegar al punto final de un capitulo, el lector no querra cerrar el libro. Algo terrible y secreto habita en cada personaje y es en cada palabra y cada acto que la matrioska va mostrando su profundidad.



Con este libro me sucedió lo que con pocos, me faltaban muchas páginas para el final, era un jueves y cerca de las 9:00pm decidí que era el momento de descansar los ojos, el corazón y la mente, debía descansar de ese viaje en el que uno se sorprende de la inociencia de algunos personaje y se molesta con la aberración de otros. 20 minutos después, la incertudumbre no permitió dormir. Debía terminar con la tragedia, conocer los demonios que acompañaban a Elias Gil, entender la inflexibilidad de Ana Ajmatova, reconocer en Gonzálo esa figura de héroe literario. Sentía el corazón en la garganta, pasaba las página llegué a la última, y la matrioska me mostró su última muñeca, ya era las 4:30am.
Liliana Tavera


dimanche, mars 29, 2015

Prochain rendez-vous sur la Comédie du livre 2015

Pour sa 30e édition, la Comédie du livre de Montpellier met à l'honneur les littératures ibériques. Seront invités les 29, 30 et 31 mai prochains plus d'une trentaine d'écrivains et illustrateurs espagnols et portugais.



Dans ce cadre, notre comité de lecture sera très heureux de vous proposer trois rencontres :

Samedi 30 mai à 10h : Petit-déjeuner littéraire avec Carlos Zanón, Aníbal Malvar et les éditions Asphalte


Samedi 30 mai à 14h30 : Café littéraire avec Sergi Pàmies

Dimanche 31 mai, 19h : Un apéritif littéraire avec Víctor del Árbol et Aro Sáinz de la Maza .

Nous vous en dirons plus très prochainement...

En attendant, notre prochain rendez-vous sera le comité de lecture ouvert au public qui se tiendra à l'Espace Jacques Ier d'Aragon (salle du rez-de-chaussée) le samedi 11 avril à 15h30, dans le cadre de la semaine culturelle de notre association, Amitiés franco-colombiennes de Montpellier.



Ce comité de lecture ouvert, au cours duquel nous vous présenterons certains de nos coups de cœur (les auteurs colombiens Juan Gabriel Vásquez et Daniel Samper notamment), sera précédé de la présentation du livre de Kathy Dauthuille, Tisserand du Soleil, et suivi d'une présentation de quelques caricaturistes colombiens actuels (le thème de la semaine culturelle colombienne étant cette année « L'humour et la paix »).




Pour plus d'infos consultez :

le site de la Comédie du livre

le site de Kathy Dauthuille et Tisserand du Soleil

le site de l'association Amitiés franco-colombiennes de Montpellier


dimanche, mars 15, 2015

"Los hermanos Cuervo" de Andrés Felipe Solano

El autor, Andrés Felipe Solano
(Bogotá, 1977). Es novelista y periodista. Autor de la novela Sálvame, Joe Louis (Alfaguara, 2007). Sus artículos han aparecido en diversas publicaciones como SoHo, Arcadia, Gatopardo (México), La Tercera (Chile), Babelia-El País (España), Granta (España, Reino Unido), The New York Times Magazine y Words Without Borders (Estados Unidos). En 2008 fue finalista del Premio Fundación Nuevo Periodismo Iberoamericano, institución presidida por Gabriel García Márquez, por su crónica “Seis meses con el salario mínimo”, que fue incluida en Lo mejor del periodismo en América Latina (FNPI-FCE, 2009) y en Antología de crónica latinoamericana actual (Alfaguara, 2012).
Ha sido invitado a residencias literarias en Toji Center (Corea del Sur), Universidad de Alcalá de Henares (España), Yaddo y Ledig House (Estados Unidos).
Para aprender más sobre este autor, leer la entrevista hecha por Version Libre aquí !

La obra, Los hermanos Cuervo
Dicen que la memoria es selectiva y que recordamos los hechos no como realmente ocurrieron sino en la forma en la que nos marcaron. De ahí que algunas historias permanezcan fijas en la memoria de los protagonistas mientras otras se diluyen en el tiempo dejando una sensación de incertidumbre al no saber a ciencia cierta si de verdad ocurrieron. A pesar del frenetismo de la vida cotidiana donde lo urgente prima sobre lo importante, todos tenemos grabada en la mente la imagen de algún pariente, amigo, novio, vecino o profesor con el que compartimos una vivencia inolvidable y siempre volvemos a ella como fieles penitentes. De cierta forma, ese recuerdo nos une con ese pasado en el que fuimos más felices, más auténticos, más jóvenes y más libres. Es un puente que nos regresa a la época en la que todavía éramos promesa y no realidad, donde los sueños todavía eran realizables y los errores no tenían mayor trascendencia.
En su segunda novela, Los hermanos Cuervo, Andrés Felipe Solano nos invita a recorrer ese puente de la memoria y revivir con sus protagonistas aquellos hechos del pasado que los marcaron para siempre. La obra se compone de tres partes que, a simple vista parecen independientes entre sí, pero que en el fondo se complementan y ofrecen un dialogo abierto con el lector, quien al final logra armar el rompecabezas de la novela. La primera parte narra la historia de los hermanos Cuervo, unos adolescentes enigmáticos que viven en una casona con su abuela, y la relación que ellos establecen con Nelson, un compañero de colegio que intenta descifrar el extraño comportamiento de estos jóvenes teniendo como telón de fondo la Bogotá de los años 90 con los apagones de luz y los atentados terroristas. El colegio, la familia, el sexo, los primeros amores y la música van llenando la libreta de anécdotas de Nelson, cuya obsesión por los hermanos Cuervo lo acompañará hasta su vida adulta.
La segunda parte de la obra es una crónica periodística que relata el triunfo y la desgracia de Vicente Aguirre, un ciclista ganador de la Vuelta a Colombia en los años 60, quien, a pesar de tener un gran futuro deportivo, ve sus sueños de gloria desvanecerse por culpa de sus malas decisiones. La crónica tiene la particularidad de ir firmada por el periodista Santos Bustamante, uno de los personajes de la anterior novela de Solano, Sálvame, Joe Louis. La tercera parte de la novela es un relato de carretera en el que el lector acompaña a una insólita pareja en un errático recorrido desde Medellín hasta Maicao con el propósito de saldar cuentas con un recuerdo del pasado.
Los hermanos Cuervo es una buena excusa para hacer una pausa en el camino y mirar hacia atrás. Para recordar eso que fuimos y en lo que nos convertimos. Para reconocer que, algunas veces, no todo tiempo pasado fue mejor.
Por María Inés McCormick 

Andrés Felipe Solano, un jeune auteur colombien à découvrir !

María Inés McCormick (pour Version Libre) a interviewé l’écrivain colombien Andrés Felipe Solano qui est considéré comme l'un des meilleurs jeunes auteurs d’Amérique latine par la prestigieuse revue Granta1. Solano est l’auteur de deux romans : Sálvame, Joe Louis (2007) et Los hermanos Cuervo (2012), et de nombreuses chroniques parues dans divers médias en espagnol.
Voici pour nos lecteur cette interview en espagnol puis en français, dans une traduction de Laurence Holvoet  ! (Et pour en savoir plus sur son roman Los hermanos Cuervo, rendez-vous ici !)

Source photo : © Iván Darío Herrera www.alafaguara.com


Version Libre: ¿Cómo fue el proceso creativo de Los Hermanos Cuervo? ¿Hubo una imagen o una idea precisa a partir de la cual se fue construyendo la historia?
Andrés Felipe Solano: Empecé la novela por la tercera parte pensando en una escena que vi en la piscina de un balneario medio ruinoso a las orillas de un río. Se trataba de una pareja que no parecía tener ninguna relación clara entre sí. No se comportaban como familiares ni amantes, ni amigos siquiera. Me pregunté qué los había llevado hasta allí. También recordé un balneario clausurado que vi en una carretera. La entrada era una calavera gigante de cemento. Con esas dos imágenes empecé una especie de novela de carretera para responder a esa pregunta que me hice. Después aparecieron las otras dos partes, la de los hermanos y la del ciclista.
Version Libre: ¿Cómo construye sus personajes? ¿Qué individuos le interesa retratar y por qué?
Andrés Felipe Solano: Por un lado me interesan personajes que se balancean en la cuerda floja, que estén en el borde del abismo, que hayan tenido un momento de gloria que se esfumó muy rápido, en parte por culpa propia. Esos son Santos Bustamante y el ciclista Vicente Aguirre. Por otro lado me interesa explorar las relaciones entre miembros de familias que si bien no son disfuncionales, si están rotas de alguna forma. A ambos los busco de ubicar en ambientes que den cuenta de su malestar. Una redacción de una revista mediocre, un gran casona medio desocupada, un balneario a punto de caerse, un viejo colegio católico.
Version Libre: ¿Por qué decidió contar la historia en diversos registros: memorias, crónica periodista, viaje de carretera, diccionario?
Andrés Felipe Solano: Al principio solo tenía la historia de carretera. Después encontré por el camino a los otros personajes pero no quería meterlos a la fuerza en mi historia ni hacer uso de recursos trillados –vueltas al pasado, historias dentro de una historia, etc- así que dividí en tres la novela y me lancé a contar cada parte con un tono diferente pero tendiendo puentes secretos entre las tres para que el lector terminara de armar la novela en su cabeza. La segunda parte fue la última en tomar su forma definitiva. Con varias cervezas entre pecho y espalda se me ocurrió que la mejor manera de presentar la vida del ciclista era una crónica, tal y como las que había venido escribiendo como periodista durante los últimos diez años pero con la diferencia de que en este caso todo era inventado. Al final decidí que la firmara Santos Bustamante, un personaje de mi primera novela que en su carrera como periodista hizo ese tipo de cosas, inventarse historias y presentarlas como verdaderas. Quizás en el fondo de todo lo que hago o me propongo hacer, incluida la próxima novela, subyace esa idea. La pugna entre la verdad y la mentira, entre la ficción y la realidad, lo aparente y lo secreto, la zona entre las dos, que para mi es la vida misma.
Version Libre: Santos Bustamante, personaje de su anterior novela “Sálvame, Joe Louis”, aparece como autor de la crónica sobre Vicente Aguirre en “Los Hermanos Cuervo”, este guiño a su propia obra permite imaginar que en un futuro los hermanos Cuervo o su madre podrían aparecer en otro relato. ¿Lo considera posible?
Andrés Felipe Solano: Me atrae mucho la idea de crear un mundo literario como el de Juan Carlos Onetti o J.D Salinger donde los personajes puedan saltar de una novela a otra, o de un cuento a una novela o al revés. Vamos a ver qué pasa con la próxima novela, por lo pronto solo he pensado que quizás pueda aparecer de refilón Betty, la mamá de los hermanos Cuervo.
Version Libre: En su obra vemos a Boris (Sálvame, Joe Louis) y a Nelson (Los Hermanos Cuervo), dos hombres jóvenes desencantados a la espera de que algo exterior los despierte y los haga sentirse vivos. De cierta forma, evocan al Escobar de “Sin Remedio” de Antonio Caballero. ¿Considera que esos personajes reflejan lo que les está pasando a los jóvenes colombianos de clase media urbana?
Andrés Felipe Solano: Sí, hay parentesco con Ignacio Escobar. Leí el libro de Caballero cuando tenía 20 años y digamos que Sin remedio fue la primera novela que me hizo pensar en que la Bogotá donde había vivido hasta ese entonces era completamente digna de novelar y además de eso compartía la misma sensación de Escobar frente a ella. Una suerte de desesperanza muy enraizada, la que solo es posible de sobrellevar a través del humor o una imaginación desbordada. Y bueno, me imagino que todos –Boris, Nelson, Escobar- sienten que han nacido en una ciudad latinoamericana que quita mucho más de lo que da. De ahí su insatisfacción, aunque también creo que están conscientes de que tampoco hay mucho más allá. En realidad el desajuste está en ellos mismos y no del todo en el medio, quizás les cuesta aceptarlo, hacerse cargo de ese desasociego y culpar a su entorno les resulta llevadero. Además que lo hacen bien y lo saben. Ahora, sus quejas son construcciones intrincadas de varios pisos por las que se pasean y desde ahí atacan un orden social que los repugna. No es que se quejen del trancón y la suciedad y el robo a la vuelta de la esquina y ya.
Version Libre: ¿En cuál rol se siente más cómodo: periodista o escritor?
Andrés Felipe Solano: Cada vez más el escritor gana terreno pero justo cuando me digo no más periodismo –en realidad se trata de no ficción, nunca me he considerado periodista de pura cepa- aparece alguna historia o propuesta que me obliga a darle una vuelta al timón. Aunque para ser sincero no hago la distinción. Simplemente cuando hago crónicas o perfiles no trabajo con material inventado, a diferencia de Santos, que de hecho se basa en un periodista que alguna vez conocí. Digamos que esa es mi única regla en la no ficción: no inventarme situaciones ni personajes. De resto todo es válido.
Version Libre: ¿Qué es lo bueno y lo malo de haber sido reconocido por la revista Granta como uno de los mejores escritores jóvenes de América latina?
Andrés Felipe Solano: Sería infame decir que tiene algo de malo pero tampoco me solucionó la vida o algo por el estilo. Ha servido para que cierta gente se interese por lo que hago, en gran parte personas fuera de Colombia a los que me hubiera tardado mucho más en llegar.
Version Libre: La literatura nos enseña cosas de nosotros mismos, ¿qué ha aprendido luego de dos novelas y varios cuentos publicados?
Andrés Felipe Solano: No mucho. Eso es precisamente lo que me arrastra a seguir escribiendo.
Version Libre: A diferencia de otros escritores colombianos, hasta el momento usted no ha utilizado el conflicto armado ni la violencia como eje central de sus novelas. ¿Es una temática que le interesaría abordar o su proceso creativo va por otro lado?
Andrés Felipe Solano: Me interesa mucho más insuflar a mis historias del clima violento, tenso, cenagoso, paranoíco, que viene con haber nacido y vivido en Colombia, más que proponerme a usar la guerra directamente como material literario. Siento mucho pudor al respecto. Creo que es tan horrible lo que ha sucedido que hacer de ello literatura es de alguna manera saquear el dolor de otros.
Version Libre: Al leer Los Hermanos Cuervo recordé el poema “Ciudad” del poeta griego Constatin Kavafy (que copio más abajo) que habla de cómo la ciudad en la que vivimos nuestros primeros años nos marca para siempre. ¿Cómo ha influido Bogotá en sus novelas? ¿Ha cambiado su mirada desde que vive afuera? , ¿Cómo es el reencuentro con ella cuando regresa?
Andrés Felipe Solano: Bogotá nunca me dejará ir, así es de mañosa y poderosa. A veces la veo como un sol apagado alrededor del cual yo todavía orbito.
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La ciudad
de Constatin Kavafy
Dijiste:
“Iré a otro país, veré otras playas;
buscaré una ciudad mejor que ésta.
Todos mis esfuerzos son fracasos
y mi corazón, como muerto, está enterrado.
¿Por cuánto tiempo más estaré contemplando estos
despojos?
A donde vuelvo la mirada,
veo sólo las negras ruinas de mi vida,
aquí, donde tantos años pasé, destruí y perdí.”

No encontrarás otro país ni otras playas,
llevarás por doquier y a cuestas tu ciudad;
caminarás las mismas calles,
envejecerás en los mismos suburbios,
encanecerás en las mismas casas.
Siempre llegarás a esta ciudad:
no esperes otra,
no hay barco ni camino para ti.
Al arruinar tu vida en esta parte de la tierra,
la has destrozado en todo el universo.

Source photo : © Juan Carlos Sierra www.semana.com

Version Libre : Quel a été le processus de création mis en oeuvre derrière l’écriture de Los hermanos Cuervo ? Y a-t-il eu une image ou une idée à partir de laquelle l’histoire s’est construite ?
Andres Felipe Solano : J’ai commencé ce roman par la troisième partie en m'inspirant d’une scène à laquelle j’avais assistée dans la piscine d’une station balnéaire en ruines au bord d’une rivière. Il s’agissait d’un couple qui n’avait pas l’air d’avoir une relation très claire. Ils ne se comportaient pas comme les membres d'une même famille, ni comme des amants, ni même comme des amis. Je me suis demandé ce qui les avait amenés là-bas. J’avais aussi le souvenir d’une autre station balnéaire fermée que j’avais aperçue d'une route. Il y avait une gigantesque tête de mort en béton à l'entrée. À partir de ces deux images, j’ai commencé une sorte de road movie littéraire, un roman de route, pour répondre à cette question que je m'étais posée. Les deux autres parties, celle des frères et celle du cycliste, sont apparues après.
Version Libre : Comment construisez-vous vos personnages ? Quels types d’individus voulez-vous décrire et pourquoi ?
Andres Felipe Solano : Je m'intéresse aux personnages qui se balancent sur la corde raide, qui sont au bord de l’abîme, à ceux qui ont eu un moment de gloire qui s’est envolé très rapidement, en partie par leur propre faute. C’est le cas de Santos Bustamante (Sálvame, Joe Louis) et du cycliste Vicente Aguirre (Los hermanos Cuervo). D’autre part, ça m’intéresse d’explorer les relations au sein de familles qui ne sont pas forcément dysfonctionnelles mais qui, d'un certain point de vue, sont brisées. J’essaie de mettre ces personnages dans des environnements qui reflètent leur mal-être. La salle de rédaction d’une revue médiocre, une grande maison à moitié vide, une station balnéaire sur le point de s’effondrer, une vielle école catholique…
Version Libre : Pourquoi avez-vous décidé de raconter cette histoire en utilisant divers registres : mémoires, chronique journalistique, récit de voyage, dictionnaire ?
Andres Felipe Solano : Au début, j’avais seulement le récit du road movie. Les autres personnages, je les ai rencontrés en chemin, mais je ne voulais pas les forcer à entrer dans mon récit et je ne voulais pas non plus avoir recours à des moyens trop souvent exploités tels que le retour vers le passé, l’histoire dans une autre histoire, etc. Pour cela, j’ai divisé le roman en trois parties et j'ai commencé à raconter chaque partie sur un mode différent tout en établissant des ponts secrets entre les trois pour que le lecteur puisse terminer le roman lui-même dans sa tête. La deuxième partie a été la dernière à prendre sa forme définitive. Après quelques bières, j’ai trouvé que la meilleure façon de présenter la vie du cycliste c'était la chronique, comme celles que j’écris avec ma casquette de journaliste depuis une dizaine d’années, à la seule différence que, ici, tout était inventé. À la fin, j’ai décidé que ça serait Santos Bustamante - un personnage de mon premier roman qui est journaliste et qui écrit des chroniques mensongères qu'il fait passer pour authentiques -, qui la signerait. Peut-être qu'au fond de tout ce que je fais ou de ce que je veux faire, y compris dans mon prochain roman, il y a cette idée-là qui est sous-tendue. Cette lutte entre la vérité et le mensonge, entre la fiction et la réalité, entre ce que l'on voit et ce que l'on cache ; cette zone intermédiaire qui, pour moi, est la vie elle-même.
Version Libre : Santos Bustamante, personnage de votre premier roman Sálvame, Joe Louis, apparaît donc comme l’auteur de la chronique sur Vicente Aguirre, l'un des personnages de Los Hermanos Cuervo. Ce clin d’œil à votre propre œuvre laisse penser que, dans le futur, les frères Cuervo ou leur mère pourraient bien réapparaître dans une autre histoire. L’avez-vous envisagé ?
Andres Felipe Solano : J’aime bien l’idée de créer un monde littéraire comme celui de Juan Carlos Onetti ou J.D. Salinger où les personnages peuvent sauter d’un roman à l’autre, d’une nouvelle à un roman et réciproquement. On va voir ce qui se passera avec mon prochain roman, mais pour l’instant j’ai seulement envisagé une brève apparition de Betty, la mère des frères Cuervo.
Version Libre : Dans votre œuvre, on rencontre Boris (Sálvame, Joe Louis) et Nelson (Los Hermanos Cuervo), deux jeunes hommes désabusés dans l’attente de quelque chose qui les réveille et qui les fasse sentir vivants. D’une certaine manière, ils évoquent le personnage d’Escobar du roman Sin Remedio, d’Antonio Caballero. Considérez-vous que ces personnages reflètent ce qui est en train de passer pour les jeunes colombiens de classe moyen urbaine ?
Andres Felipe Solano : Oui, il y a un lien de parenté avec Ignacio Escobar. J’ai lu le livre de Caballero quand j’avais vingt ans et Sin Remedio a été le premier roman qui m’a fait penser que Bogotá, la ville où j’avais vécu jusqu’alors, était digne d'être la protagoniste d'un roman, et, en plus, je partageais avec Escobar la même sensation envers elle. Une sorte de désespoir bien ancré qui ne peut être surmonté que par l’humour ou par une imagination débordante. Et, bon, j’imagine que tous – Boris, Nelson, Escobar - sentent qui ils sont nés dans une ville latino-américaine qui prend plus qu’elle ne donne. De là vient leur insatisfaction, même si je crois qu’ils sont aussi conscients qu’il n'y a pas non plus grand-chose ailleurs. En réalité, le déséquilibre est en eux-mêmes et non pas dans leur environnement. Peut-être qu'ils ont du mal à l’accepter et qu'ils n’arrivent pas à gérer ce malaise, alors finalement, accuser l'entourage est plus simple. En plus, ils le font bien et ils le savent. Maintenant, leurs griefs sont des constructions complexes, réparties sur plusieurs niveaux, dans lesquelles ils se promènent et à partir desquelles ils attaquent cet ordre social qui les écœure. Il ne s’agit pas de se plaindre seulement d’un embouteillage, de la saleté ou d’un vol au coin d'une rue.
Version Libre : Dans quel rôle vous vous sentez le plus à l’aise : celui de journaliste ou celui d’écrivain ?
Andres Felipe Solano : Le rôle d’écrivain l’emporte de plus en plus mais juste quand je me dis qu’il faut arrêter le journalisme (ou plutôt l’écriture non fictionnelle, car je ne me suis jamais considéré comme un journaliste de pure souche), il y a une histoire ou une proposition qui apparaît et qui me force à faire demi-tour. Bien que, pour être honnête, je ne fais pas vraiment de distinction. Simplement, quand je fais des chroniques ou des portraits, je ne travaille pas avec du matériel inventé, contrairement à ce que fait mon personnage Santos, qui, en fait, m'a été inspiré par un journaliste que j’ai rencontré par le passé. Disons que celle-ci est ma seule règle pour la non fiction : n'inventer ni situation ni personnage. Pour le reste, tout est permis.
Version Libre : Dites-nous quels sont les bons et les mauvais côtés d’avoir été distingué par la revue Granta comme l'un des meilleurs jeunes auteurs d’Amérique Latine ?
Andres Felipe Solano : Ça serait odieux de dire que la distinction a quelque chose de mauvais en soi, mais elle n’a pas arrangé ma vie non plus. Elle a servi à ce que certaines personnes, surtout en dehors de la Colombie, s’intéressent à mon travail. Sans cela, il m'aurait fallu beaucoup plus de temps pour les approcher.
Version Libre : La littérature nous apprend des choses sur nous-mêmes. Qu’avez-vous appris après la publication de deux romans et de plusieurs récits ?
Andres Felipe Solano : Pas grand-chose. C’est justement cela qui me pousse à continuer à écrire.
Version Libre : Contrairement à d’autres écrivains colombiens, pour l’instant, vous n’avez pas utilisé le conflit armé ni la violence comme axe central de vos romans. Est-ce que ce sont des thèmes que vous aimeriez aborder un jour ou bien votre processus créatif va-t-il dans un autre sens ?
Andres Felipe Solano : Cela m'intéresse beaucoup plus d'imbiber mes histoires de ce climat violent, tendu, boueux et paranoïaque, que je connais du fait d’être né en Colombie et d’y avoir grandi, plutôt que d'utiliser directement la guerre comme matériel littéraire. Je ressens beaucoup de pudeur à ce sujet. Je crois que tout ce qui s’est passé est tellement horrible que faire de la littérature avec c'est, d’une certaine façon, aller piller la douleur des autres.
Version Libre : En lisant Los Hermanos Cuervo, je me suis souvenue du poème « Ville » (voir ci-après) du poète grec Constantin Kavafy qui montre comment la ville de notre enfance nous marque pour toujours. Comment Bogotá a-t-elle influencé vos romans ? Est-ce que votre image de la ville a changé depuis que vous habitez à l’étranger ? Comment sont les retrouvailles avec elle quand vous rentrez ?
Andres Felipe Solano : Bogotá ne me laissera jamais partir, elle est assez maline et puissante. Parfois, je la vois comme un soleil éteint autour duquel je suis toujours en orbite.
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La Ville
de Constantin Cavafy
Tu dis : «J'irais vers d'autres pays, vers d'autres rivages. Je finirais bien par trouver une autre ville, meilleure que celle-ci, où chacune de mes tentatives est condamnée d'avance, où mon cœur est enseveli comme un mort. Jusqu'à quand mon esprit restera-t-il dans ce marasme ? Où que je me tourne, où que je regarde, je vois ici les ruines de ma vie, cette vie que j'ai gâchée et gaspillée pendant tant d'années.»


Tu ne découvriras pas de nouveaux pays, tu ne découvriras pas de nouveaux rivages. La ville te suivra. Tu traîneras dans les mêmes quartiers, et tes cheveux blanchiront dans les mêmes maisons. Où que tu ailles, tu débarqueras dans cette même ville. Il n'existe pour toi ni bateau ni route qui puisse te conduire ailleurs. N'espère rien. Tu as gâché ta vie dans le monde entier, tout comme tu l'as gâchée dans ce petit coin de terre.
(Traduction du grec de Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras, Editions Gallimard/Poésie, 1994)
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1 Granta est une revue littéraire mythique d'audience et de renommée internationales, créée en 1889 par des étudiants de Cambridge en Grande-Bretagne. Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site :http://www.granta.com/.