Sans trop savoir pourquoi, j’avais pour projet de lire Mrs Dalloway depuis quelques semaines déjà. Je savais que je le trouverai dans les bouquins des enfants parce que R***** a eu à le lire comme lecture imposée pour les concours… scientifiques il y a dix ans. Je comprends que cette lecture lui soit passé à 10 000 mètres au dessus. La langue – du début XXe donc – n’est pas simple, la structure du texte assez déroutante et, surtout, ni le milieu ni les thèmes abordés peuvent être de ceux qui retiennent l’intérêt et l’attention de gamins de vingt ans un siècle plus tard !
Mais à moi, ça a beaucoup plu. Et le fait que cela raconte la vie vue par des cinquantenaires n’y est clairement pas étranger finalement… Comme quoi, ces lectures infligées sont bien vraiment une assez vaste connerie qui fait plus de mal à la littérature que de bien… Bref, passons.
Ce qui est surprenant c’est qu’il n’y a pas d’histoire ; au départ, on cherche et on ne voit pas où elle veut en venir parce ce qu’elle raconte ce n’est pas une histoire mais de multiples histoires ; ce qu’elle décrit, ce n’est pas un moment mais de multiples moments dans la vie des protagonistes. Et elle assemble tout ça comme un ballet où les gens se croisent, collisionnent et s’esquivent exactement comme dans la vie. C’est un peu un royaume, une apothéose, de synchronicités… C’est le récit d’une multiplicité de détails qui font le sel de nos journées, mêlant le prosaïque au sublime, le conventionnel aux réflexions philosophiques et de connaissance de soi… Bref, c’est très fort effectivement. Je viens de lire que l’on parle d’une écriture du « flux de conscience ».
Et si j’ai eu un peu de mal à m’accrocher pendant environ les vingts premières pages, – il faut le temps de se familiariser avec le procédé et aussi avec les différents personnages récurrents – je me suis finalement bel et bien laissé happer… à tel point que, ce matin, j’ai été hyper surprise d’être arrivée à la fin du livre ! Dans un monde de séries tv qui n’en finissent pas, clairement je suis un peu frustrée de devoir quitter les personnages sans savoir ce qu’il va advenir d’eux !
Alors dans la foulée, j’ai trouvé un pdf d’Une chambre à soi et j’en ai lu un chapitre sur la tablette… C’est un autre genre, mais très bien aussi. Essentiel même. Merci Virginia.
Laurence Holvoet
Extrait
Page 317
"(...) Peter allait la trouver sentimentale. Elle l'était. Car elle en était venue à penser que c'étaient les seules choses qui méritaient d'être dites – les choses qu'on ressentait. Être brillant n'avait aucun intérêt. On devait dire tout simplement ce qu'on ressentait.
« Mais moi je ne sais pas, dit Peter Walsh, ce que je ressens ».
Pauvre Peter, pensa Sally. Pourquoi est-ce que Clarissa ne venait pas leur parler ? C'était ce qu'il attendait. Elle le savait. Pendant tout ce temps, il ne pensait qu'à Clarissa, et il jouait avec son couteau dans sa poche."
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