mercredi, décembre 18, 2024

"Résister à la culpabilisation. Sur quelques empêchements d’exister" de Mona Chollet (France)


"Il y a des lectures qui arrivent à point nommé. Pour moi ces dernières semaines, "Résister à la culpabilisation. Sur quelques empêchements d'exister" de Mona Chollet a été complètement de celles-ci...

Cet essai est une lecture bienfaisante. Qui rappelle et décortique des tas de choses que l’on sait déjà mais qui, rassemblées, aident à remettre les pendules à l’heure : il est urgent de nous arrêter de nous en demander tant à nous-même et aussi – surtout – de nous accabler incessamment de reproches !

Je pense que le mieux pour donner envie de le lire, c'est... d'en lire des extraits. Alors voici une sélection d'une dizaine de passages qui m'ont plus particulièrement parlés/touchés. Vous les trouverez ci-dessous... Bonne lecture !"

lundi, décembre 09, 2024

"L’agrafe" de Maryline Desbiolles (France)

Florence apprécie l’œuvre de Maryline Desbiolles et vous trouverez d'autres articles sur notre blog.


"Ceux qui me connaissent savent que j’apprécie l’écriture de Maryline Desbiolles, publiée aux Éditions Sabine Wespieser (un très bon éditeur). Depuis « La seiche », un récit qui m’avait marqué à sa sortie, la série des « Anchise » avec «Le neveu d’Anchise », ou encore « Les draps du peintre » où elle évoque le travail de peinture qu’elle connaît très bien. Ses récits sont emprunts du lieu où elle vit, dans l’arrière-pays niçois, une terre proche de l’Italie.

Mais avec « Il n’y aura pas de sang versé » que j’ai déjà chroniqué ici, elle se confronte à l’Histoire avec un grand H et c’est très réjouissant.

Ici il est question d’Emma Fulconis, une jeune femme qui adore courir. Pas forcément pour gagner des compétitions sportives, simplement pour le plaisir de sentir la sensation de la course dans son corps. On la surnomme d’ailleurs « L’athlète ».

Elle est issue d’une famille dont elle ne sait que peu de choses.

mercredi, novembre 27, 2024

"Rêves amers" de Maryse Condé (Guadeloupe)


Maryse Condé a écrit une petite dizaine de textes pour les enfants, pour la jeunesse.

Celui-ci est un court roman qui est paru initialement en 1991 sous le titre "Haïti chérie", et c'est en 2001 qu'il a pris ce titre de "Rêves amers".

C'est la percutante histoire de la courte vie de Rose-Aimée, une enfant de la campagne haïtienne, envoyée en ville par ses parents démunis pour être mise au service d’un ménage plus aisé.

C’est une description de l’enchaînement des évènements qui la mènent au choix de l’exil… Cette histoire a une portée universelle et c'est ce qui fait qu'elle reste aujourd'hui encore – malheureusement – très actuelle.

mardi, novembre 26, 2024

"La vie sans fard" de Maryse Condé (Guadeloupe)

Ce texte autobiographique de Maryse Condé, autrice guadeloupéenne née en 1934 et morte en avril dernier, raconte les onze années de sa vie africaine. Il démarre en 1958 au moment de sa rencontre avec Mamadou Condé, Guinéen, qu’elle a épousé à vingt-quatre ans, et se termine en 1969 avec sa rencontre du Britannique qui sera son second mari et avec qui elle partagera le reste de sa vie.

Ce récit nous emmène en Côte-d’Ivoire, en Guinée, au Ghana et au Sénégal, en passant par Paris et Londres.

Ce que j’admire dans ce récit – écrit environ quarante ans après les faits rapportés et, donc, à plus de 75 ans – c’est surtout la mise à nu assez exceptionnelle d’une femme à la fois bouillante et lucide, pétrie de contradictions qu’elle a su admettre et examiner avec une rare honnêteté. Elle ne cherche pas le beau rôle ; ni le mauvais d’ailleurs. Elle décrit juste les tourbillons dans lesquels elle s’est retrouvée prise et qui l’ont menée à un début de vie d’adulte à la fois très aventureux et très entravé par les us et coutumes des sociétés parfois antagonistes dans lesquelles elle a grandi, vécu et évolué.

lundi, novembre 25, 2024

"Une Amitié avec le Monde", une lecture de François Szabó au Gazette Café



François Szabó est un des fondateurs de notre association Les Collecteurs, et il anime avec une grande constance nos rencontres poésie au Gazette Café. Lui-même poète, cette fois, ce sont ses textes qu'il partagera avec le public !

Sa proposition est la suivante :

"La Poésie est du domaine du don, c’est l’éclat persistant du mot, c’est l’épreuve du feu de l’être, c’est la tendresse nichée dans l’être tout entier, c’est l’évidence même : l’amour et la poésie sont irréductibles et toujours réunis.

C’est également un cadre où se renouvelle la parole, c’est la conscience absolue de l’amour, de la valeur du mot, de l’engagement, c’est l’imagination au service de la liberté et de l’affirmation vitale. Bien plus qu’un cri, c’est un chant offert qui se développe et s’affirme simplement comme unique réponse.

vendredi, novembre 22, 2024

"Moi, Tituba sorcière… noire de Salem" de Maryse Condé (Guadeloupe)

Cette courte note sur Maryse Condé était destinée à nourrir notre discussion orale autour de son œuvre.


 

"Le roman raconte les tribulations, la destinée de Tituba, fille d’Abena, esclave, et d’un marin anglais. Il s’appuie sur le compte-rendu du procès des Sorcières de Salem. C’est donc l’histoire de Tituba qui est confrontée très tôt à la violence envers les esclaves noirs, au désamour et rejet de sa mère, à l’amour de son père adoptif, et qui va de rencontre en rencontre, de départ en départ, être poursuivie dans un procès historique pour cause de sorcellerie.

Le récit est vif, étayé de descriptions luxuriantes qui foisonnent à l’image des paysages. Le « je » de la narratrice prend d’un bout à l’autre de l’histoire toute la place – dans un seul souffle – que rien ne peut arrêter, où les éléments historiques s’imbriquent de façon admirable à la perception, la conscience de plus en plus aiguë de l’héroïne, dans un monde où la magie opère à chaque moment de vie ; où l’au-delà devient présence quasi-réelle, parfois tragique, comme si c’était cela vivre, entre l’ailleurs recherché, désiré, invoqué – avec ses forces inconscientes, puissantes – et l’ici, le réel dans sa plus que vive réalité de chair."

mercredi, novembre 20, 2024

"En attendant la montée des eaux" de Maryse Condé (Guadeloupe)


Grâce à la proposition de lire de façon commune la grande autrice Maryse Condé, je me suis plongée pour la première fois dans l’univers des Caraïbes sous cette plume au style inimitable.

« En attendant la montée des eaux » a été publié en 2010. Il raconte l’histoire de Babakar, un médecin obstétricien au Mali. L’histoire commence en Guadeloupe alors qu’il est en train d’aider à l’accouchement une femme qui va mourir en couche. Elle met au monde une ravissante petite fille qui fascine Babakar au point que, sur un coup de tête, il décide de l’emmener avec lui en vue de l’adopter. Il faut dire que la famille dans laquelle elle est née est bien défavorisée et ne voit pas d’un mauvais œil qu’on lui retire une bouche à nourrir.

Commence alors une véritable épopée qui va mener Babakar et la petite Anaïs de Guadeloupe en Haïti, terre de ses ancêtres maternels. Un long flash-back va nous raconter en effet la vie de Babakar quarante ans plus tôt, et nous dépeindre sa mère, Thécla, une mère trop tôt disparue à laquelle le fils et le père Babakar étaient très attachés, mais qui apparaît régulièrement en songe à son fils pour le conseiller sur ces choix notamment en matière conjugale.

mardi, novembre 19, 2024

Compte-rendu de la réunion du samedi 19 octobre dédiée à Maryse Condé

Nos réunions mensuelles font le plus souvent l'objet d'un bref compte-rendu reprenant essentiellement les titres des livres évoqués (eh oui ! pour profiter de la richesse de nos discussions, il faut venir sur place !). Ces comptes-rendus sont diffusés par mail en interne.

Alors, une fois n'est pas coutume, voici celui de notre réunion du mois d'octobre. En effet, contrairement à nos habitudes, nous avions décidé de consacrer cette séance à nos lectures de la grande autrice guadeloupéenne décédée en avril dernier, Maryse Condé.


"Hello tout le monde,

Voilà ci-après le compte-rendu que je vous propose.

vendredi, septembre 27, 2024

Rencontre poésie au Gazette café : Danielle Helme, le 19 novembre


Sur son site, Danielle Helme se présente ainsi :

"Marquée par le goût des mots puisés à leur source, et dans toutes les matières possibles, ainsi que dans les neurosciences, poète, romancière, Danielle Helme explore des formes différentes, en suivant son chemin d’écriture : une poésie du dedans, aphorisme, Oulipo, poésie jeunesse et le roman réaliste.

Elle vit aujourd’hui à Montpellier, après avoir vécu dans plusieurs régions, mais ancrée à Grenoble. Elle est dominée par un puissant sentiment de liberté, où la nature, la nature humaine et le livre sont sacrés."

mercredi, septembre 25, 2024

"Vallée du silicium" de Alain Damasio (France)


Voilà un essai tout ce qu’il y a de plus utile en cette période d’arrivée de la fameuse « intelligence artificielle » dans nos vies.

On connaît Alain Damasio pour ces romans bien sûr, comme pour « La Horde du Hordevent » par exemple. Mais lorsqu’il est venu à Montpellier pour la « Comédie du Livre », je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter cet essai, dans lequel il relate son séjour du printemps 2022 dans la Silicon Vallée, la précieuse « Vallée du Silicium » comme il la dénomme dans son titre.

Commençons par la fin, pour évoquer immédiatement ce qui est la partie la plus fictionnelle du recueil (car « Vallée du silicium » n’est pas tout fait qu’un essai) : une nouvelle d’anticipation qui n’est pas sans rappeler « les Furtifs » : le narrateur, père d’une petite fille et ayant pour compagne une femme ayant dessiné, se retrouve dans un appartement américain alors que des évènements climatiques cataclysmiques se déclenchent autour de Los Angeles. Nous sommes dans un futur où l’intelligence artificielle régit notre quotidien, et notamment le fonctionnement des immeubles américains. Mais ici l’intelligence artificielle est confrontée à une situation improbable : des cloisons étanches se sont imposées entre les trois protagonistes, par mesure de sécurité, et il n’y a pas moyen de les ouvrir.

lundi, juillet 01, 2024

Les dates de nos réunions du samedi matin pour 2024-2025 !

 

La nouvelle saison – la 10e ! – est déjà sur la rampe de lancement : à vos agendas !

Pour votre adhésion 2024/2025, c'est par ici !

Et voilà les dates à retenir dès maintenant...


Premier rendez-vous, le samedi 21 septembre 2024 !
Et d'ici là, bel été à tou.te.s...

"Le château des insensés" de Paola Pigani (France)


À la lecture de la chronique précédente sur "Et ils dansent le dimanche", Françoise Jarrousse a rebondi et écrit ceci :

"Belle chronique. Il semble que Paola Pigani s'intéresse à notre histoire sociale et donne la parole à ceux qui sont dans l'ombre. Je viens de lire d'elle "Le château des insensés", publié cette année :

Été 1939, Saint Alban-sur-Limagnole en Lozère. Un château devenu hôpital psychiatrique qui accueille ceux qu'on appelait les fous. Et où arrive, venue de Ville- Evrard, Jeanne qui a perdu pied après la mort de son nouveau-né. Un lieu où elle va se reconstruire. Un lieu aux pratiques thérapeutiques novatrices initiées par François Tosquelles, psychiatre catalan exilé et Lucien Bonnafé. Un lieu qui également soigne et met à l'abri les résistants qui fuient la Gestapo.

C'est à la fois l'histoire d'un lieu et celle d'une renaissance qui est racontée dans une langue à la fois sobre et poétique. C'est un livre lumineux."

Françoise Jarrousse

 "Le château des insensés" de Paola Pigani. Éditions Liana Levi, 2014. 256p.

"Et ils dansaient le dimanche" de Paola Pigani (France)

 « Et ils dansaient le dimanche » brosse le portrait de cette population ouvrière de l’est de Lyon dans les années 1930, juste avant l’arrivée du Front Populaire en 1936.
C’est Szonja qui va incarner ce récit : d’origine hongroise on la découvre alors qu’elle s’apprête à quitter son pays natal pour Lyon Perrache, attirée par les offres d’emploi industriels qui viennent drainer toutes sortes de nationalités : italiens, polonais, Arméniens … tous rêvent d’un logement indépendant dans l’une des cités de Vaulx-en-Velin. Il faut dire que « La SASE (Soie Artificielle du Sud-Est) est attirée par la ligne ferroviaire de l'est lyonnais, le canal, la proximité de l'usine hydroélectrique de Cusset, la présence d'une nappe phréatique abondante et pure et le relatif éloignement de Lyon » comme nous l’apprend Wikipédia à propos de l’industrialisation de Vaulx-en-Velin et de son usine TASE.
Pour l’instant il n’y a encore ni congés payés, ni comité d’hygiène et de sécurité dans les usines, les syndicats commencent à se former, et bien sûr pas de sécurité sociale. Un brevet a été déposé pour fabriquer des fils de viscose par un procédé chimique, afin de détrôner le fil de soie bien connu (c’est pourquoi on l’appelle aussi « soie artificielle »), et peu importe les émanations qui peuvent très rapidement dégrader la santé des ouvriers : la main d’œuvre est bon marché, elle est souvent d’origine étrangère, et c’est encore mieux quand ce sont des femmes puisqu’on peut les payer encore un peu moins.

mardi, mai 07, 2024

« Border la bête » de Lune Vuillemin (France / Amérique du nord)


 Roman poétique et sensible.

C’est le récit d’une saison dans un refuge de vie sauvage au Canada, par les yeux et l’âme d’une voyageuse en (dé)route qui, accueillie par les deux responsables du site, fait une pause.

C’est une ode à la vie foisonnante loin des villes et au milieu des arbres. Une tentative d’inventer de nouveaux langages pour évoquer des perceptions subtiles et primordiales.

À lire !

Laurence Holvoet 


"Border la bête" de Lune Vuillemin. La Contre Allée, 2024. 192 p.

Extraits :

(page 54)

"— Toi, à quoi es-tu attentive quand tu es seule en forêt ?

dimanche, mai 05, 2024

"La colère et l’envie" d'Alice Renard (France)


Qu’est-ce que le langage ? Et comment communiquer avec ses proches, quand on n’a pas accès aux mots pour dire ce qu’on ressent ? Peut-on développer une langue qui vous soit propre et fidèle à votre sensibilité, et la partager avec ceux qu’on aime ?

C’est l’histoire que raconte Alice Renard avec Isor, qui naît dans une famille d’apparence normale, mais qui n’est pas comme les autres. Elle ne parle pas, très petite déjà manifeste de grandes colères, fugue régulièrement du domicile familial où ses parents s’organisent pour la garder.

Autisme ? Schizophrénie ? Surdité ? Prostration ? Toutes les hypothèses sont étudiées mais aucune n’est retenue par les médecins qui se succèdent pour tenter de qualifier son mutisme apparent.
Ce sont ses parents qui parlent d’elle, tour à tour. En quelques fragments successifs, ils parlent de leur désarroi devant cette fille qui grandit, et qui ne fait rien comme les autres enfants. Elle ne prononce aucun mot en français, mais est capable bizarrement de reproduire à l’oreille de nombreuses langues étrangères.

mercredi, janvier 17, 2024

"Tes pas dans l’escalier" de Antonio Muñoz Molina, traduit par Isabelle Gugnon (Espagne)


 Un homme attend sa femme Cécilia dans la ville de Lisbonne.

Et l’attente est l’un des thèmes principaux de « Tes pas dans l’escalier », l’histoire de ce narrateur qui attend sa femme, restée de l’autre côté de l’Atlantique à New York, tandis qu’il prépare l’appartement qui sera désormais leur foyer.

Ce narrateur vient de se faire licencier de son entreprise, un travail bêtifiant qui servait à enrichir quelques actionnaires inconnus. Il ne travaillera plus, c’est décidé. Et se consacrera uniquement à sa femme.

Elle est une brillante scientifique, spécialisée dans des travaux sur la mémoire. Elle mène des expériences avec tout un tas d’animaux, pour mieux comprendre le mécanisme de la mémoire humaine. Pour l’instant elle se remet d’un fort traumatisme : son appartement à Manhattan était situé non loin des fameuses Tours, et pendant plusieurs semaines après le 11 Septembre 2001, elle n’a pu accéder chez elle. Elle a donc cohabité avec notre narrateur qui était ravi de l’héberger.