vendredi, septembre 28, 2018

"N'envoyez pas de fleurs", de Martin Solares (Mexique)

Martín Solares est un écrivain, éditeur et critique littéraire mexicain. Trois de ses livres ont été traduits en français par Christilla Vasserot, qui est maîtresse de conférences à l’université Paris 3. Grâce à elle cet écrivain va pouvoir être connu bien plus largement en France, et il le mérite vraiment !
Vous pourrez les trouver (entre-autre) à la librairie la Géosphère à Montpellier, qui est partenaire de la rencontre-dédicace organisée par les Collecteurs et Les nouveaux Espaces latinos le mardi 16 octobre, dans le cadre du festival Belles latinas.
Nous avons tout d’abord deux romans noirs : Les
minutes noires paru en 2009 (déjà évoqué il y a cinq ans ici même) et N’envoyez pas de fleurs, paru en 2017. Ce sont des romans noirs inspirés de la réalité mexicaine actuelle et où règnent narcotrafic, corruption, violence (car il faut savoir que le Mexique se trouve malheureusement sur la route du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et les Etats-Unis et certaines régions sont victimes de la tentative de contrôle du trafic par plusieurs groupes de trafiquants).

Et nous avons par ailleurs un essai, intitulé Comment dessiner un roman. Un livre qui devrait être lu par toutes celles et tous ceux qui aiment le roman. Je vous le conseille absolument !
Martín Solares y explique ce que c’est qu’un personnage de roman, comment un roman peut critiquer la réalité, comment la première phrase d’un roman accroche son lecteur ou comment, surtout, le titre peut accrocher un lecteur. Et pour nous expliquer tout cela, il s’appuie sur des exemples de romans des grands auteurs qu’il aime. Un régal de lecture !

Dans N’envoyez pas de fleurs, la fille d’un riche homme d’affaires a disparu et il engage un détective pour la retrouver.

Et pour nous raconter l’histoire et le cadre de cette recherche, Martín Solares s’est inspiré de plusieurs faits réels qui ont eu lieu dans la région où il a grandi, qui est l’Etat du Tamaulipas. Cet Etat, situé à la frontière avec les Etats-Unis, au nord-est du Mexique, est en effet l’une des principales victimes du narcotrafic, et certaines zones ont été complètement abandonnées, les habitants ayant été contraints de quitter leurs maisons pour fuir la violence, et ceux qui restent vivent dans un climat d’insécurité totale : « ces gens sont morts de trouille ».
Il explique comment les narcotrafiquants ont infiltré la politique et l’économie et quels sont les mécanismes à l’œuvre, comment les policiers et les politiques corrompus facilitent les activités des cartels.
« La police vendrait son âme au diable si le diable était le plus offrant ; quant à l’armée, elle dépend des hommes politiques en place, et tu sais pertinemment pour qui ils travaillent. »
Martín Solares tient à dénoncer cette situation intolérable et ce roman est rempli clins d’œil, que l’auteur pourra sans doute nous aider à repérer : ainsi il s’amuse à modifier les noms des anciens présidents de la République, et nous devons par exemple reconnaître derrière le personnage de Calderilla l’ancien président Calderón, derrière Palafox Vicente Fox et derrière Echivarreta, Echeverría.
« Le fait est que la paix mexicaine avait été brisée plusieurs années auparavant : en 2005 déjà, à l’époque de Vicente Palafox, les fusillades étaient devenues le lot quotidien de plusieurs villes du nord, parmi lesquelles Ciuduad Juárez. Treviño avait toujours pensé que si le Mexique devait exploser, c’est le sud qui mettrait le feu aux poudres – le Chiapas, avec les zapatistes, ou le Guerrero, avec l’Armée populaire révolutionnaire – et que ça remonterait petit à petit vers le nord. Mais ces deux mouvements avaient fini par se dégonfler et, contre toute attente, le chaos avait pris naissance dans le nord, ici même, près de la frontière avec les Etats-Unis. C’est ici que le bain de sang avait commencé. Et nous y voilà, mouillés jusqu’au cou, sans que personne n’en ait rien à faire.
La violence n’avait fait qu’augmenter avec l’élection du second président issu de la droite : le très impopulaire Felipe Calderilla, qui avait vite oublié ses électeurs et s’était peu à peu appliqué à vivre dans un pays imaginaire où lui et les siens jouissaient de tous les privilèges. La grande honte de ceux qui avaient voté pour son parti, c’était de voir tous ces dirigeants issus de la droite réagir comme des chefs d’entreprise de bas étage : en croisant les bras face à l’insécurité croissante. Profitant du fait que les combats se déroulaient dans des Etats gouvernés par leurs adversaires politiques, ils préféraient ne pas intervenir et laisser les gens se noyer dans leur propre sang. Dans le fond, ce qu’ils espéraient, c’était que la situation reste insoluble, pour voir le camp adverse perde des voix. Comme s’ils ne savaient pas que tout le monde, y compris eux, était dans le même bain. »

Il s’agit donc d’un roman noir très bien ficelé et mené à un rythme haletant, où l’humour permet par moments de mettre une certaine distance, qui est bien nécessaire !
Tout comme ce passage où un personnage sorti tout droit d’un conte vient aider notre héros à se sortir d’une situation bien périlleuse :

« Tu m’as donné de l’eau et maintenant, j’ai le devoir de t’aider, mais juste une fois. Et pas longtemps. Après, je me remettrai en chasse et toutes les mauvaises choses qui t’arriveront, tu sauras qu’elles viennent de moi.
Il respira profondément et ajouta :
-La porte que tu cherches est en as de la colline, derrière les arbres. Et prends la pelle avec toi, tu risques d’en avoir besoin…
Le nain se pencha, ramassa un peu de terre, la pressa dans sa main gauche et souffla en direction des quatre points cardinaux en murmurant :
-Mon frère le rouge, mon frère le noir et mes frères sans nom ! ouvrez la voie à cet homme pour qu’il puisse sortir sans que personne le morde… »
Allez, lisez l’un des livres de Martín Solares, et venez nous rejoindre pour le faire dédicacer par l’auteur le mardi 16 octobre à 19h30 (librairie la Géosphère à Montpellier) !
Bonnes lectures et belles rencontres !
Rachel Mihault


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