Elle a quitté l’Iran à l’âge de huit ans, dans les bagages de ses parents, qui fuyaient le pays. Elle n’y est jamais retournée. Y reviendra-t-elle un jour ? On le lui souhaite.
En attendant, elle a écrit une ode au métèque, celui qui est d’ailleurs, qui vit dans un éternel « ailleurs », qui se souvient d’une existence perdue comme les amputés souffrent d’un membre fantôme. On pourrait croire que le passé s’efface d’un coup d’éponge. Mais à huit ans, on a déjà des souvenirs, beaucoup, qui prennent feu au moindre frottement, dans les territoires que l’on découvre.
« Je suis et resterai une métèque », déclare-t-elle aussi fièrement que Moustaki chantait « sa gueule de métèque ». Cependant elle récuse dans le même élan le déterminisme social, historique, sexuel ou religieux. « Je refuse d’être mon ADN, je refuse de n’être qu’une suite de cellules héritées de mes parents, je refuse d’être entravée par la tradition »…
Parmi ses figures emblématiques, on compte Romain Gary, à l’évidence – lui qui disait être « un minoritaire-né » ! – Salman Rushdie, Esmeralda et… Hercule Poirot. Je m’étonne seulement de ne pas trouver dans cette cohorte le héros de « Belle du Seigneur », ce Solal arrogant et désespéré qui a fait l’objet d’un « décret de dénaturalisation » !
Hélène Honnorat
"Éloge du métèque" d'Abnousse Shalmani. Grasset, 2019. 198 pages.
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