samedi, novembre 28, 2020

"La grammaire de Dieu", de Stefano Benni (Italie)

 

C’est un peu par hasard – merci aux bibliothèques, des trésors de bonnes surprises – j’ai découvert l’univers de Stefano Benni, auteur italien né à Bologne en 1947, grâce à ce recueil de nouvelles « La Grammaire de Dieu ».

Avec une palette de sujets très large, l’auteur détaille les travers de nos vies contemporaines, avec un regard à la fois amusé – un brin moqueur – et bienveillant en y ajoutant souvent une forme d’exagération et d’emphase, propre à son style, comme s’il observait nos comportements à l’aide d’une loupe grossissante.

La nouvelle qui m’a fait le plus rire s’intitule « Plus jamais seul » : un homme qui n’a ni femme, ni amis ni même un « demi-ami » se désole. Magasinier dans un dépôt de médicaments, il va chez trois coiffeurs différents pour tuer le temps. Iris, la barmaid du Mocabar, son bar préféré, ne lui sourit jamais.

Mais sa vie va basculer lors qu’il tombe sur une publicité : « avec Soleil, plus jamais seul ».

Soleil est une marque de portable, et l’on voit une fille bronzée téléphonant à tout un tas d’amis. Notre héros a donc la solution : il lui suffit de pousser la porte de la boutique de téléphonie et la vie va lui sourire. A partir de là, Iris la barmaid l’interroge sur le modèle choisi. Son chef le considère enfin, et lui envoie des SMS  supposés être très drôles. Et même si personne ne l’appelle, il marche jusqu’à tard dans la rue, son téléphone à la main, jetant quelques phrases de ci-de là comme un homme moderne. Et parce que son téléphone ne sonne jamais, il trouve une parade : il s’achète un second portable, avec lequel il peut s’appeler très régulièrement …

On pense à l’humour génial de « La vie très privée de Mr Sim » de Jonathan Coe, quand il constate, avec un grand soulagement, au retour d’un voyage, qu’il a une centaine de messages dans sa boite mel … soulagement tout relatif quand il se rend compte que ces nombreux messages sont surtout des propositions publicitaires pour de l’achat de viagra en ligne.

Il faudrait encore citer le savant, recherchant partout l’homme « le plus seul du monde » mais qui aura de nombreuses déconvenues en découvrant que les hommes qui paraissent tout à fait seuls sont souvent d’excellents business men qui savent très bien communiquer sur leur pseudo solitude.

mercredi, novembre 25, 2020

"Entre fauves" de Colin Niel (France)


Après la Guyane où il nous a emmené plusieurs fois, c'est en Afrique du Sud, plus précisément en Namibie, que Colin Niel nous transporte, avec un ancrage du côté des Pyrénées, au cœur du Parc National et de la vallée d'Aspe. Au départ, une photo qui circule sur les réseaux sociaux, celle d'une jeune chasseresse au regard dur, voire cruel, avec son arc à la main et derrière elle le cadavre de sa victime : un lion parmi les plus rares et les plus protégés. À la brutalité de cette image qui exhibe la mort et la fierté ou le plaisir d'avoir tué, répond une autre violence qui veut pourrir la vie de cette chasseresse au travers des réseaux internet, la livrer à son tour en pâture à un autre type de chasseurs. Mais personne ne sait qui elle est. Personne ne parvient à l'identifier. Mais c'est sans compter sur Martin, le garde expérimenté du Parc National, qui va lui aussi se mettre en chasse…

jeudi, novembre 19, 2020

"L'autre moitié de soi", de Brit Bennett (Etats-Unis)

 

Desiree et Stella sont deux jumelles noires.

Nées dans une petite bourgade, Mallard, peuplée de personnes noires, à une époque où les noirs st les blancs ne se mélangent pas.

C’est un drame familial (le père, tué par des Blancs, pour d’obscures raisons) qui est à l’origine de leur histoire. Adolescentes, elles fugueront ensemble à la Nouvelle Orléans.

Mais là, leur destin va bifurquer. Desiree la plus sage en apparence, restera parmi les siens, épousera un homme très noir et aura une fille avec lui – Jude. Battue par ce mari violent, elle le quittera sur un coup de tête, pour rejoindre Mallard et retrouver sa mère, ainsi que le chasseur de primes, embauché par son mari pour la retrouver, mais lui-même amoureux de Desiree dans le passé, qui deviendra son compagnon et un père de remplacement pour Jude.

Quant à Stella, elle réussit, parce que sa couleur de peau le lui permet, à se faire passer pour une blanche. Et vivre une vie de blanche, épouser son patron, un riche business man, et même avoir une fille totalement blanche, prénommée Kennedy.

De la couleur de peau il est vraiment question dans tout ce roman trépidant, où l’on suit tour à tour l’histoire de Desiree qui revient à la maison, puis Jude jeune adulte fuyant sa mère et sa grand-mère, puis la quête de Desiree pour retrouver sa sœur – en vain.

Peut-on vivre en permanence sur un mensonge ? Ce roman pose bien sûr la question de l’identité.

samedi, novembre 14, 2020

"Saturne", de Sarah Chiche (France)

 

Selon la mythologie, Saturne est un Dieu dont la cruauté potentielle a été renforcée par son identification avec Cronos, connu pour avoir dévoré ses propres enfants. Selon le mythe, il devint roi des Dieux mais refusa de libérer les Cyclopes et les Cent-bras. Il se maria avec sa sœur Rhéa. On  prédit à Saturne qu'il serait lui-même détrôné par ses propres fils :  Il décida alors de manger tous ses enfants, Hestia, Cérès-Déméter, Junon-Héra, Pluton-Hadès, Neptune-Poséidon.

Nul doute que Sarah Chiche a placé son roman sous la tutelle d’un Dieu étonnant. Elle a aussi certainement vu la reproduction du tableau de Francisco de Goya, peinte entre 1819 et 1823 directement sur les murs de sa maison dans les environs de Madrid.

Son récit s’ouvre sur ce qui va engendrer le traumatisme dont la narratrice et auteure va souffrir toute son enfance : l’enterrement de son père, alors qu’elle n’a que 15 mois, et que personne ne lui dit explicitement que son père est mort.

Visiblement Sarah Chiche est née dans une famille que l’on peut considérer comme toxique – et elle va nous expliquer pourquoi, en le détaillant avec force détails. Harry, son père, est le cadet d’une fratrie de deux enfants, nés dans les années 40 en Algérie, dont le père est à la tête d’une grande clinique prospère. Après le retour douloureux en France, où comme de nombreux rapatriés toute la famille va souffrir du syndrome de l’exil, un second chapitre va s’écrire dans une clinique que le père va bâtir à l’image de celle d’Algérie.

En attendant la famille habite un château magnifique, où l’on fait bombance tous les jours. On tente de reformer le paradis d’Alger. Pendant ce temps, Harry, envoyé en pensionnat en Normandie, végète dans l’ombre de son frère aîné à qui tout réussit. Il va de soi qu’ils deviendront tous les deux médecins, comme le veut la tradition familiale, et la rare expression personnelle d’Harry qui dit son intérêt pour la psychanalyse est balayée d’un revers de main par son père.

jeudi, novembre 12, 2020

"Management 1.0 et réseaux sociaux : déjouer les rouages de la servitude volontaire", de Didier Romann (France)

 

J’aime bien le catalogue des Éditions L’Instant Présent, qui publient des livres autour de l’éducation et de la parentalité. Leur dernière publication est un peu différente mais tout aussi intéressante et même très intéressante : il s’agit d’un livre foisonnant, passionnant, rempli de réflexions et de pistes à explorer…

Son auteur est Didier Romann, qui a travaillé pendant 35 ans comme directeur des systèmes d’information.

Il a écrit ce livre pour nous raconter son expérience et nous faire partager ses réflexions sur le monde du travail aujourd’hui.

En introduction, il nous explique quels sont ses objectifs :

« Riche de mon expérience, je souhaite dénoncer l’ambiance détestable qui règne aujourd’hui dans la plupart des entreprises, avec ses effets dévastateurs sur le plan humain, mais aussi sur les performances économiques des organisations. Je nourris l’espoir d’une prise de conscience collective concernant la cupidité et l’irresponsabilité des acteurs du monde de la finance. »

L’auteur est à la fois très technique (quand il nous décrit les différentes facettes de son métier par exemple) et littéraire, lorsqu’il invente des pseudos ou des surnoms pour désigner ses collègues ou les managers, qui deviennent alors des personnages (qu’il nomme entre-autre : La Bienveillance, Cruella, le Félon, Monsieur Loyal, Narcisse, Le Patriarche, Persifleur, Le Tacticien, etc).

vendredi, novembre 06, 2020

Deux coups de coeur poésie (France-Grèce et France/Catalogne)

 


Le coup de cœur de l’année en poésie, poèmes en grec et en français par l’autrice Katerina Apostolopoulou, 

J’ai vu Sisyphe heureux est le formidable ensemble poétique à hauteur des œuvres des poètes grecs du XXème siècle, Ritsos, Elytis, Séféris, Sikélianos, Dimoula. 

 

Précieux livre à avoir toujours à portée de la main. Viatique de réconciliation avec le monde.

 

mercredi, octobre 28, 2020

"Le Pays de Mal au Cœur" de Philippe Vinard (France, Nouvelle-Calédonie)

Aujourd’hui à la retraite et vivant à Montpellier, Philippe Vinard a pendant plus de trente ans été consultant en santé publique dans le monde entier. C’est dans ses souvenirs et parfois dans les notes prises tout au long de sa vie qu’il plonge désormais pour nous raconter quelques uns des épisodes qui l’ont le plus marqués.

Il a déjà publié deux ouvrages aux Éditions Yovana, Les Sirènes du Kampuchéa (2019) et Comédies médicales (2020), qui regroupent des chroniques romancées nous racontant la vie étrange des travailleurs humanitaires dans des périodes historiques clés, au Cambodge pour le premier et au Tchad pour le second.

Ce nouvel opus , Le Pays de Mal au Cœur (suivi de Nou), est cette fois le récit de la découverte de la Nouvelle-Calédonie au début des années quatre-vingt par deux jeunes enseignants métropolitains exerçant dans un collège rural protestant. C’est une histoire à mi-chemin entre le roman et la description documentaire d’un milieu étonnant et méconnu. On y découvre beaucoup de choses, notamment sur l’histoire contemporaine de cette grande île.

"A la mesure de l’univers" de Jon Kalman Stefansson (Islande)

 


Après le très beau « Entre ciel et terre », récit d’une pèche nordique âpre et rude, après « Le cœur de l’homme », tout aussi digne d’une odyssée, Jon Kalman Stefansson publie ici un récit où il est question d’amour, et de mort, de musique, beaucoup, de poésie aussi, beaucoup – il faut dire que les Islandais y portent une attention toute particulière, beaucoup plus que nous, qui avons perdu de vue l’importance d’en lire.

 Il souffle un vent de nostalgie sur ce roman qui parle de destinées, d’enfant orphelin, de morts injustes, des étoiles la nuit, de l’alcool qui entraîne la violence et les coups parfois sur ceux ou celles qu’on aime.

On va croiser de nombreux personnages, que l’on suit sans linéarité sur trois générations, tels que  Margret et Oddur, le grand-père d’Ari, les femmes Veiga, Lilla, Sigga, mais aussi Tryggvi, et Jakob, le père d’Ari, Anna, sa dernière compagne, mais aussi Pordur, Svavar, Arni et bien d’autres.

Ari rentre en Islande pour voir son père Jakob, qui va bientôt mourir. On découvre alors Reyflavik (à ne pas confondre avec Reykjavik), une ville de pécheurs, parce que pécher du poisson c’est important.

 « Si nous oublions de tirer le poisson de la mer, ce poisson qui compte de plus en plus et qui, bientôt, sera plus important que l'agriculture, eh oui, qui l'eût cru, nous peinerons de plus en plus à survivre et notre rêve d'indépendance ne se réalisera pas. » pense Oddur, alors que son fils Pordur, très doué pour l’écriture, rêvasse sur le bateau où Oddur règne en maître. Peut-être est-il en train de composer un poème, ou d’écrire dans sa tête un récit épique – une écriture qui attirera l’attention d’un grand maitre de la poésie qu’est Gunar Gunnarsson - mais pour comprendre ce qu’il aurait peu advenir de Pordur, il faudra aller jusqu’au bout du récit.

vendredi, octobre 16, 2020

"L'Arrachée belle" de Lou Darsan (France)

 


Une fois encore, La Contre Allée délaisse les grands axes et nous emmène sur des chemins de traverse, à la découverte d’un univers singulier. Cet univers c’est celui de Lou Darsan, blogueuse, voyageuse, dont le premier ouvrage, « L’Arrachée belle », est paru il y a peu.

C’est un livre dans lequel on peut refuser d’entrer ; mais si on se laisse porter par le flot des mots, on est embarqué dans un voyage inoubliable et qui nous interroge.

Au centre du récit, il y a une jeune femme au mal-être profond. La ville où elle vit l’oppresse. Dans l’appartement qui est le sien elle étouffe. L’homme qui est son compagnon est devenu un étranger. Tout vacille autour d’elle et en elle. Elle a même peur de disparaître par la bonde de la baignoire.

Alors, dans un ultime sursaut, elle s’arrache à cette vie mortifère et elle part :

mardi, octobre 06, 2020

« Traduire ou perdre pied » de Corinna Gepner (France)

Corinna Gepner est traductrice, elle a même été la présidente de l’Association des Traducteurs Littéraires de France (ATLF). Germaniste, elle vient d’être récompensée avec le prix Eugen-Helmlé.

Dans ce texte fragmenté, elle nous livre ce qui l’anime, ce qui la pousse, ce qui la fait douter… en permanence ! Cela se lit d’une seule traite, c’est un pur régal.


Morceaux choisis :


« Plus je traduis, moins je sais. Plus j’ai d’habileté, plus le sol se dérobe sous moi, plus les mots, les phrases révèlent leur double, leur triple fond et bien plus encore. Je ne cesse de composer avec le vertige. Le texte, foncièrement, m’échappe, et pour travailler je dois faire comme si je savais, juste comme si. »

 

« La traduction est pour moi une lente et systématique destruction de ce que je croyais savoir. Car il y avait la croyance en un savoir possible et le désir de bâtir sur du solide. Cette croyance-là s’effrite de jour en jour. »

lundi, septembre 28, 2020

"L'intimité", de Alice Ferney (France)

 


La vie est une succession de drames.

Lorsque Alexandre vient déposer Nicolas, son beau-fils, chez sa voisine Sandra, parce qu’il conduit sa femme Ada à la maternité pour accoucher, il ne se doute pas qu’il reviendra avec le bébé prénommé Sophie, mais sans Ada morte d’un empoisonnement amniotique.

Alexandre va se torturer de culpabilité : c’est lui qui voulait absolument un fils de sa compagne, avec qui il n’était même pas marié, imposant son avis de « mâle » à Ada pour qu’elle porte son enfant.

Ensuite Alexandre va se morfondre : Sandra la libraire a beaucoup d’attrait et il la verrait bien remplacer Ada. Mais Sandra est une femme libre, indépendante et féministe, qui ne veut ni de vie de couple, ni d’enfants à porter. Même si elle porte un réel attachement désormais à Nicolas et Sophie, depuis le tragique accident de l’accouchement, elle ne prendra pas la place d’Ada.

Alors Alexandre va connaître un troisième drame.

Cherchant sur les réseaux sociaux à rencontrer une jeune femme pour refonder une famille, il va rencontrer Blanche, autrement dit Alba, qui va lui plaire dès le départ.

vendredi, septembre 18, 2020

Revue de presse occitane par François Szabó (Montpellier)


 

OC

revue

Numéro 133

Juin 2020

Montpelhièr


La revue OC signe un numéro spécial consacré à la ville de Montpellier et cet événement éditorial est un régal. On y parcourt les quartiers à travers les œuvres et les écrivains majeurs de la cité languedocienne dans cette langue d’Oc qui a fait ses preuves en littérature. Écouter bruire la langue occitane au détour des rues, retrouver l’âme douce d’une ville… Pourquoi donc se priver de ce bonheur là ?

À l’occasion du 800e anniversaire de la Faculté de Médecine, c’est une heureuse initiative que de proposer ce numéro spécial. Il est temps d’y goûter sans modération.




Cahiers Max Rouquette

Numéro 13

2019

Le Théâtre de Max Rouquette


L’œuvre de Max Rouquette, plus diversifiée que celle de Delavouët, plus grandiose encore que celle de Manciet et à l’égale mesure de la beauté de celle de Delpastre est un domaine immense qu’il nous faut visiter, revisiter. On connait Rouquette poète, novelliste, romancier. Ce numéro spécial bilingue des Cahiers Max Rouquette est consacré à son Théâtre. Ici le dramaturge est révélé dans ses lectures, ses œuvres majeures qui l’inspire, les mythes, et sa capacité vorace à exprimer une œuvre singulière avec humour « Le Glossaire » ou tragique « Médée » et cruauté « L’Épopée de Pappa Popov ».

François Szabó

« Âge Tendre » de Clémentine Beauvais (France)

 


Clémentine Beauvais, 31 ans, écrit pour la jeunesse, en anglais et en français, et a déjà plus d’une dizaine de livres à son actif qui tous ont été remarqués. (Dont « Les Petites Reines » (2015) qui a notamment obtenu le Prix du magazine Lire).

Elle publie, en cette rentrée littéraire, toujours aux Éditions Sarbacane, « Âge Tendre ».

Ce livre, dont le titre évoque un célèbre magazine et une non moins célèbre émission de radio, en tous cas pour ceux d’entre nous qui avaient 20 ans dans les années 60 (!), nous emmène dans un avenir assez proche où la présidente de la République (hé oui !) a imposé aux élèves qui sortent de 3ème un an de service civique. Valentin Lemonnier va effectuer ce stage dans les Hauts de France, à Boulogne-sur-Mer, dans un établissement pour personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Et plus spécifiquement dans une unité mnémosyne (en hommage à la déesse de la mémoire) où l’on a recréé pour les résidents l’ambiance des années 60-70, « un truc bien sixties, bien fleuri », dit l’autrice, « avec plein de Françoise Hardy ». Un univers « jacquesdemysé » !

mardi, août 18, 2020

« Barnum », de Virginie Symaniec (France)

Virginie Symaniec est une aventurière des temps modernes. Elle a monté sa maison d’édition indépendante, Le Ver à soie, à quarante-cinq ans (en 2013).

« Je n'ai pas eu le choix. Après des années à l'université, à courir derrière un poste de chercheuse qui n'existe pas, puisque je suis docteure en Histoire, habilitée à diriger des recherches, mais spécialiste de la Biélorussie, pays dont tout le monde se fout ; après des années de précarité en tant que chômeuse surdiplômée, je me suis demandé ce que je savais faire : pas grand-chose. Mais j'avais des compétences linguistiques et rédactionnelles, une expérience de traductrice et j'avais déjà travaillé dans des maisons d'édition à différents niveaux sans connaître toute la chaîne du livre. Je me suis dit que je pourrais faire cela : m'occuper de livres, de traductions, en montant une maison d'édition indépendante, je pensais d'abord à un site internet. Je n'avais pas encore conscience de ce que cela impliquait réellement, éditer : j'avais des compétences du point de vue des contenus mais tout à apprendre au niveau technique. » raconte-t-elle à Juliette Keating dans une longue interview publiée sur le site Médiapart.

(On notera que la Biélorussie connaît son heure de gloire et que c’est toujours des histoires de timing qui nous minent !)

Côté commercialisation (pour manger, il faut vendre...), elle a très vite compris qu’elle n’avait aucune chance de tirer son épingle du jeu en entrant dans La Chaîne du Livre. Lui est alors venue l’idée de raccourcir au plus serré cette chaîne en allant proposer directement ses livres sur les marchés du sud-ouest !

vendredi, août 14, 2020

"Eparses", de Georges Didi-Huberman (France)

 

« Éparses, les positions psychiques que chacun est susceptible de tenir au creux d’une seule, d’une simple expérience émotionnelle. »

« Éparses, les bribes de mémoire, matérielles ou psychiques, qu’une même histoire peut nous laisser en partage. »

« L’espace est immense, le temps est sans fin où souffle le vent du mal que l’homme sait faire à l’homme. Mais à cela résisteront, s’affronteront toujours quelques branches plus hardies que d’autres. Bras qui se lèvent depuis le fondamental désir de survivre, de s’en sortir, de désobéir à la mort. »

Un peuple n’est pas détruit malgré la tentative criminelle de destruction totale, génocide perpétré par les nazis, tant que la buée émanant de leur vie reste à la mémoire, tant qu’il existe des personnes pouvant rendre les nuances d’existences en péril avec des documents habillement conservés et le courage d’exhumer l’âme sensible et imaginative en faveur d’une vie qui même précaire, fait sens. Vérité des archives, ce voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie, nous incite à lutter de toute notre foi contre les tentatives d’anéantissement de vie.

Georges Didi-Huberman nous livre, comme de coutume - car chacun de ses livres somptueux rythment les publications aux éditions de minuit - un essai plein de sensible résurgence des êtres ayant lutté dans le ghetto de Varsovie, avec ténacité, imagination, ardeur et par beaucoup d’amour, résistants se retrouvant dans cette maison d’édition justement emblématique de la résistance.

Indispensable.

François Szabó

Eparses, Voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie, de Georges, Didi-Huberman,  Les éditions de minuit, 2020

mardi, août 11, 2020

« Les Hortenses » de Felisberto Hernández (Uruguay)

« Un homme triste et pauvre qui vit de concerts de piano dans de petits cercles de province », c’est ainsi que Julio Cortázar évoque, dans la préface de l’édition française de ses contes, la figure de Felisberto Hernández, ce grand écrivain uruguayen, longtemps méconnu et pourtant l’égal de Juan Carlos Onetti ou de Horacio Quiroga.

Pianiste de talent qui joue des tangos dans des bars nostalgiques pour gagner trois sous c’est aussi un conteur de génie qui souvent se met en scène dans le Montevideo de son époque.

Mais rien de réaliste dans ce qu’il nous raconte, il nous entraîne dans une réalité autre, déformée, rêvée, recréée. « Ce qui est sûr, dit-il, c’est que je ne sais pas comment je fais mes contes car chacun d’entre eux a sa propre et étrange vie ».

Son monde est un monde étrange qui obéit à une logique qui nous échappe. Il ne faut pas chercher à comprendre mais plutôt se laisser porter par ce que Italo Calvino, qui admirait Felisberto, appelle « des sarabandes mentales ». Et on lâche facilement prise car le phrasé est musical, fluide, et on est véritablement envoûté.

lundi, août 03, 2020

"Dieu, le temps les hommes et les anges", de Olga TOKARCZUK (Pologne)

Voilà un récit qui ne ressemble à rien que je ne connaisse vraiment.

 »Dieu, le temps, les hommes et les anges » est une fable, un conte qui parle de beaucoup de choses à la fois.

Il y a d’abord le décor dans lequel tout se déroule : un petit village de Pologne, Antan, dont on apprend qu’il est traversé à l’Est par la rivière Blanche, et au nord-ouest se dirigeant vers le sud, la rivière Noire. On sait aussi que d’un côté Antan est gardé par l’archange Gabriel, de l’autre par l’archange Michel. On sait encore que « Antan est baigné par les deux rivières de même que par cette troisième, issue du désir éprouvé par l’une pour l’autre. La rivière née de l’union de la Noire avec la Blanche au pied du moulin s’appelle la Rivière. Elle poursuit son cours, calme et apaisée. »

Dans ce décor onirique, vivent plusieurs générations. On commence par Michel, qui va devoir partir à la guerre, malgré les pleurs de sa femme Geneviève. Mais Geneviève va donner la vie à Misia, au cours d’une nuit d’accouchement où un ange intervient de manière décisive.

Viendront plusieurs générations ensuite, et de nombreux personnages : Elie, Florentine, Isidor, Paul Divin, Perroquette, Ruth, Isidor et les autres.

Il y en a aussi qui vivent en marge de cette nature omniprésente sous la plume de l’écrivaine : la Glaneuse, qui « distinguait le contour d’autres mondes et d’autres temps, étendus au-dessus et au-dessous du nôtre.  De même que ces personnages étrangers : « le Mauvais bougre », qui délaisse les hommes pour la nature, ou encore « le Noyeur », qui tente de noyer les humains, ou encore le mycélium.

Mais il y a encore beaucoup d’autres choses dans ce récit...

vendredi, juillet 03, 2020

L'association Les Collecteurs fête ses 5 ans !





Elle fut créée à Montpellier durant l'été 2015 pour ouvrir des espaces de rencontre permettant de découvrir, partager, échanger autour des livres du monde entier.

Ici quelques-uns des beaux moments partagés durant nos 5 premières années et quelques-uns des livres les plus appréciés par les co-lecteurs et co-lectrices.

Merci à l'association le CAMAP pour son aide précieuse dans la réalisation de cette vidéo !

"City on fire" de Garth Risk Hallberg (Etats-Unis)

"Ah, ce n’était pas gagné ! Beaucoup d’éléments dissuasifs, de mon point de vue :
• CITY ON FIRE est un pavé (1244 pages en poche), et depuis que j’ai mis à la poubelle un morceau de ma vie pour avaler « La vérité sur l’affaire Harry Quebert », qui réussit à être à la fois insipide et indigeste alors qu’il en compte environ la moitié (670 p.), je cultivais la méfiance ! Mais je me suis dit que « Belle du Seigneur » (1110 pages) ne m’avait jamais pesé, au contraire, pour m’encourager à passer outre.
• L’un des arguments publicitaires, à l’époque du lancement (2015) consistait à bramer : premier roman le plus cher de l’Histoire ! Deux millions versés à l’auteur par l’éditeur américain !! (Knopf). Hollywood a acheté les droits avant même sa parution !!! Qui dit mieux ? (Plon, pour l’édition française, n’a pas révélé le montant de son offre). Ce n’est pas forcément un gage de qualité… sinon celle du marketing, et celle de l’agent.
• La culture punk, le hard rock, les tourments adolescents, l’alcool, la drogue tiennent une place importante dans la narration (nous sommes en 1976-77) or ce ne sont pas des sujets qui figurent au premier plan de mes thèmes favoris en littérature… ni dans la vie.
Tant pis ! J’ai plongé.

samedi, juin 20, 2020

"Un turbulent silence" d'André Brink (Afrique du Sud)

‘Un turbulent silence’ d’André Brink… C’était une longue lecture. Intéressante, affligeante. Un récit chorale autour d’une révolte d’esclaves en Afrique du Sud au début du 19e qui met en évidence non seulement les rapports de domination où les esclaves et les femmes remportent la palme de l’oppression, mais surtout que l’absence d’expression des émotions et sentiments est à la racine du dysfonctionnement de cette société hyper-violente.
J’ai enfin terminé
Je suis choquée que les critiques mettent en avant le lyrisme, la passion, la haine, etc., et oblitèrent totalement le gâchis immense que représente l’écrasement de toute intelligence relationnelle dans ces sociétés dominées par les convenances dictées par des églises étrangement inhumaines.

mardi, mai 26, 2020

« Chanson bretonne suivi de L’enfant et la guerre » J.M.G. Le Clézio (France)

À l’aube de ses 80 ans, J.M.G. Le Clézio, cet éternel voyageur, ce citoyen du monde, retourne sur les terres de son enfance et nous raconte deux histoires qui se répondent. Ce ne sont ni des confessions, ni un album de souvenirs, c’est comme un air qui revient, comme une chanson douce qui par petites touches parle de l’enfance. Le Clézio dit qu’il se méfie de la mémoire parce qu’elle est incertaine, qu’elle est faite de beaucoup d’imagination.
Ses souvenirs sont faits d’émotions, de sensations d’abord liées à la Bretagne dont il dit que c’est elle qui lui a apporté le plus d’émotions et de souvenirs. Il évoque ses vacances d’été, le Sainte Marine des années 50, la mer, la lande, les fêtes au château de madame de Mortemar, la fête de la moisson où « nous ressentions quelque chose, il me semble, qu’aucune leçon d’histoire ou de géographie ne pouvait nous enseigner, quelque chose qui nous reliait à notre passé lointain (puisque avant de partir pour l’île Maurice, notre famille avait appartenu totalement au monde fermier) et même au-delà, nous reliait au passé de l’humanité » (p. 51).

dimanche, mai 17, 2020

"Tout ce que tu sais de moi", de Miriana Bobitch (Serbie)


Elles sont quatre.
 Quatre femmes, quatre comédiennes et elles ont toutes un lien particulier avec un homme, un réalisateur de film, le beau Boris Pavlovic.

Il y a Nadja. Nadja Steiner, une actrice qui a joué dans une série il y a quelques temps, à Dubrovnik. Et a vécu « la chose la plus terrible et merveilleuse » qui lui soit arrivée, avec ce fameux Boris. Et qui est devenue ainsi écrivain, sous le pseudonyme de « Elizabeth Hope ».

Il y a Ana. Ana vit aux États-Unis, travaille comme serveuse chez « Murphy », a fui Belgrade où elle était comédienne, Ana Belic. Maintenant elle est devenue Ann Belly à Los Angeles. Officiellement mariée à un croate, journaliste de rock à Zagreb, pour obtenir le droit de rester aux USA. A partir d’une mésaventure qu’elle a vécu avec un vrai serbe déguisé en lover portugais, est née l’idée d’un scénario avec Serge, un copain émigré comme elle, son meilleur ami, qui lui a expliqué la règle du jeu à Los Angeles : 
« La seule chose que j’avais apprise, c’est qu’ici il n’y a pas de discussions, pas d’explications, pas de morale, ni de grandes théories. Personne n’a de temps pour ça. »

Mais Ana vient de recevoir un message.

« Chère Ana, j’ignore ce que tu fais maintenant, et ce qui se passe dans ta vie… Ce serait vital pour moi que tu acceptes ma proposition et viennes me rejoindre. A toi, Boris. »

lundi, mai 11, 2020

"Le bruit des choses qui tombent", de Juan Gabriel Vasquez (Colombie)


Les Collecteurs sont vraiment fans des livres de l’auteur colombien Juan Gabriel Vasquez !

Plusieurs de ses romans ont été présentés sur ce blog, et nous avions eu en 2013 la chance de passer un moment avec lui et de faire une lecture publique de plusieurs extraits de ses romans, en espagnol et en français.
En 2012, Carlos Tous nous présentait Le bruit des choses qui tombent en espagnol.

Pour sa part, Florence Balestas a lu et beaucoup aimé la traduction française :

Bogota, 1996. Antonio Yammara, le narrateur, un jeune professeur de droit colombien fraichement nommé, se lie d’amitié avec le mystérieux Ricardo Laverde de vingt ans son aîné lors des soirées passées à jouer au billard dans un quartier de la capitale.
On ne sait pas grand choses de ce Laverde, si ce n’est la rumeur qui le dit sortant de prison après vingt ans de réclusion.
Ricardo se livre peu, alors quand, après de nombreux verres de rhum, alors que Antonio le ramène chez lui, son ami lui propose un dernier verre, Antonio s’en voudra beaucoup, a posteriori, de ne pas avoir dit oui. Cela lui aurait sans doute permis de comprendre l’énigme de Laverde qui va le poursuivre tout au long d’une partie de sa vie.
Parce qu’il n’aura presque plus l’occasion d’en savoir plus.

mercredi, avril 29, 2020

Mecarõ, collectif (France)


Un magnifique livre qui ouvre la voie à la splendide exposition du Moco Montpelliérain, Mecarõ esprit de l’Amazonie nous offre un large panorama de l’effervescence artistique du bassin de l’Amazonie. 
Des entretiens fort réjouissants nous content une aventure humaine, celle de Catherine Petitgas et de son inlassable recherche et promotion d’artistes très divers mais avec un élan créatif formidable. Ces artistes arpentent la forêt afin de nous rendre un peu de sa nature exubérante et cette foi en la vie.

Rien de plus réjouissant en ce moment particulier que de lire puis feuilleter ce catalogue d’exposition avec de très belles reproductions d’œuvres.