Ce livre est à la fois une réflexion sur la vieillesse, sur le temps qui passe, l’évocation d’un monde où présent et passé se superposent ou s’interpénètrent. Un monde flou comme si une vitre séparait le présent du passé, le réel de l’imaginaire. De nouveau, Patrick Modiano nous invite à une promenade dans le Paris qu’il aime et qu’on a appris à aimer avec lui, les boulevards de ceinture, les avenues désertées, les grands espaces.Il se voit dans ce roman comme un voyeur, un peeping tom qui espionne les habitants de l’immeuble d’en face à travers ses jumelles et, de façon subtile, les personnes qu’il observe deviennent progressivement des personnages liés à son passé.
Il y a de la nostalgie, de l’autodérision (Ludo Van Walle, le protagoniste, qui est un peu son double, se voit en éléphant. Il est aussi grand que l’auteur mais avec des kilos en plus) et de la douceur dans ce roman où l’on retrouve, dans une de ses plus belles versions, la petite musique de cet auteur qui, quand il parle, cherche toujours ses mots mais dont la prose est d’une fluidité inoubliable. Ainsi, p10 :
« Mais la sensation d’une vitre entre le monde et lui était venue avec le temps, comme on souffre peu à peu de surdité ou que la vue baisse insensiblement. »
On peut voir dans ce livre un écho à ces vers d’un poème de Robert Desnos que Patrick Modiano a lu il y a quelques jours avec une fluidité surprenante :
"Il est étrange qu’on se réveille parfois en pleine nuit
En plein sommeil quelqu’un a frappé à une porte
Et dans la ville extraordinaire de minuit de mi-réveil et de mi-souvenir
des portes cochères retentissent lourdement de rue en rue
Qui est ce visiteur nocturne au visage inconnu que vient-il chercher que vient-il espionner"
Françoise Jarrousse
« L’Eléphant » de Patrick Modiano. Gallimard, 2026. 112 pages
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