jeudi, novembre 12, 2020

"Management 1.0 et réseaux sociaux : déjouer les rouages de la servitude volontaire", de Didier Romann (France)

 

J’aime bien le catalogue des Éditions L’Instant Présent, qui publient des livres autour de l’éducation et de la parentalité. Leur dernière publication est un peu différente mais tout aussi intéressante et même très intéressante : il s’agit d’un livre foisonnant, passionnant, rempli de réflexions et de pistes à explorer…

Son auteur est Didier Romann, qui a travaillé pendant 35 ans comme directeur des systèmes d’information.

Il a écrit ce livre pour nous raconter son expérience et nous faire partager ses réflexions sur le monde du travail aujourd’hui.

En introduction, il nous explique quels sont ses objectifs :

« Riche de mon expérience, je souhaite dénoncer l’ambiance détestable qui règne aujourd’hui dans la plupart des entreprises, avec ses effets dévastateurs sur le plan humain, mais aussi sur les performances économiques des organisations. Je nourris l’espoir d’une prise de conscience collective concernant la cupidité et l’irresponsabilité des acteurs du monde de la finance. »

L’auteur est à la fois très technique (quand il nous décrit les différentes facettes de son métier par exemple) et littéraire, lorsqu’il invente des pseudos ou des surnoms pour désigner ses collègues ou les managers, qui deviennent alors des personnages (qu’il nomme entre-autre : La Bienveillance, Cruella, le Félon, Monsieur Loyal, Narcisse, Le Patriarche, Persifleur, Le Tacticien, etc).

Il est très critique sur les rapports entre les personnes dans l’entreprise et propose des pistes pour améliorer l’organisation du travail et les relations entre les différentes générations de travailleurs :

« J’ai longtemps détesté le terme « senior » tant il est utilisé de manière péjorative, et trop souvent synonyme d’ostracisme ou d’éviction. Curieusement, il n’en était pas de même avec « séniorité », car pour moi, ce nom fait référence à l’expérience et la sagesse. Il m’a alors été permis de réaliser que l’on est tous le senior de quelqu’un, et ainsi de ne plus avoir d’aversion pour « senior » utilisé en tant que nom ou adjectif. »

Il nous incite alors à intégrer la vision du travail qu’ont les jeunes générations, car elle nous aidera à améliorer nettement nos façons de vivre l’entreprise, en mettant au centre la notion de plaisir :

« Je m’insurge contre ceux qui estimeraient que ces nouvelles générations seraient moins courageuses que les générations précédentes, et qu’elles n’accepteraient pas la hiérarchie. Elles souhaitent tout simplement travailler autrement, et donner du sens à leur travail. Elles privilégient l’autorité de compétence à l’autorité financière et de hiérarchie. Les managers ont perdu l’autorité que leur conférait jusqu’à présent la place qu’ils occupaient dans l’organigramme, et c’est tant mieux.

Ces nouvelles générations accordent de l’importance à l’intérêt et au plaisir qu’elles prendront en menant leurs missions. Elles souhaitent que leur travail participe à l’enrichissement de leurs connaissances et de leurs compétences, de ce que certains considèrent comme « la motivation intrinsèque ». Le statut social, le salaire, les récompenses matérielles ou monétaires diverses, ne suffiront pas pour les mobiliser et les fidéliser. La génération Y et les suivantes sont plus dans l’être que dans l’avoir. »

Par ailleurs, il tente de nous faire prendre conscience de la dangerosité de l’hégémonie des GAFA qui menacent clairement nos libertés et il propose des solutions pour retrouver une souveraineté européenne, par exemple :

« Pourquoi ne pas créer une alternative franco-allemande ou européenne crédible, capable de garantir à l’Europe son indépendance stratégique et économique ? »

Dans la postface consacrée en partie à l’après-Covid 19, l’auteur souhaite que l’avenir nous apporte un changement profitable à tous (et en particulier aux plus touchés par la crise et à la nature) :

« Espérons une reconnaissance et la revalorisation des emplois et des carrières du personnel soignant, des enseignants trop souvent décriés à tort, ainsi que de toutes les personnes de l’ombre qui se seront mobilisées durant cette pandémie pour assurer la continuité des services essentiels au quotidien. Espérons que nous prendrons enfin conscience des conséquences inhérentes au réchauffement climatique, à l’appauvrissement de la biodiversité, à notre rapport à la nature, à la surexploitation des ressources, aux fragiles équilibres des écosystèmes terrestres et marins. »

Je ne peux donner ici qu’un aperçu du contenu de ce livre, qui mérite une lecture attentive car il regorge de réflexions, d’idées, de propositions, ainsi que d’informations et de conseils pratiques.

Je vous incite à le lire et je salue absolument cette volonté de se battre pour remettre au centre l’humain !

Rachel Mihault

Management 1.0 et réseaux sociaux : déjouer les rouages de la servitude volontaire, de Didier Romann, éd. l'Instant Présent, 2020

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