mardi, mai 17, 2022

Hommage à Pierre Torreilles (101 ans de sa naissance le 21 mai 1921)

 


Pierre Torreilles est une personnalité solaire. De l’avoir écouté, de l’avoir lu ardemment en découle ma vocation de poète. C’est dans sa Pratique de la Poésie parue en 1977 que tous les échos des tenants et aboutissants de cette poésie de l’affirmation sont délivrés à la disposition des poètes en herbe, privilégiant l’écoute, ainsi s’ouvre la première partie de son essai Pratique de la Poésie : « écouter est interroger ». Le poète n’a pas à expliciter le poème. Citant Paul Celan, il va même plus loin « l’œil écoute ».
 

Citons Pierre Torreilles car sa clarté émerveille :

-         Qu’est-ce que le poète dans ces conditions ?

L’absence.

-         Pour lui que sont les mots ?

Mais, fondamentalement les mots, dans leur opacité.

-         Que cherche-t-il ?

Il ne cherche rien, il pratique.

Loin de moi l’idée de réduire à quelques phrases l’œuvre du poète Torreilles, son exigence, sa vision et sa splendeur sont en tous points remarquables.

Aussi recommandant la lecture toujours réitérée de Pratique de la Poésie ainsi que de nombreux recueils poétiques en amont de toute velléité d’écriture !

 

François Szabó

 

Petite bibliographie très sélective :

Pratique de la Poésie

Les Dieux rompus

Voir

La Voix désabritée

Hommage à Pierre Torreilles, fondateur de la librairie Sauramps

Mercredi 8 juin 2022 à 18h30

A Montpellier Maison de la Poésie Jean Joubert

(78 avenue du Pirée)

 

A l’occasion de l’édition de l’ouvrage Pierre Torreilles, entretiens croisés et témoignages sur le parcours de ce libraire hors pair et les textes de ce poète exigeant.

Avec Alain Derey (Sauramps), Jacques Guigou, Sébastien Robert, Jean-Frédéric Brun et François Szabó (auteurs) et David Massabuau (éditeur Fata Morgana)

A cette occasion nous pourrons écouter Pierre Torreilles lire la strophe II de La Voix désabritée -enregistré au Théâtre Quotidien de Montpellier (TQM) au début des années 80 par ma mère Jenny Szabó.

 

Organisé par Occitanie Livre et Lecture, en partenariat avec Sauramps et la Maison de la Poésie Jean Joubert.

lundi, mai 09, 2022

« Notre âme ne peut pas mourir » de Taras Chevtchenko (Ukraine)

 

     

Ce recueil d’œuvres poétiques de Taras Chevtchenko s’ouvre sur son testament :

 

« Quand je serai mort, mettez-moi

Dans le tertre qui sert de tombe

Au milieu de la plaine immense,

Dans mon Ukraine bien-aimée,

Pour que je voie les champs sans fin,

Le Dniepr et ses rives abruptes,

Et que je l’entende mugir.

Lorsque le Dniepr emportera

Vers la mer bleue, loin de l’Ukraine,

Le sang de l’ennemi, alors

J’abandonnerai les collines

Et j’abandonnerai les champs,

Jusqu’au ciel je m’envolerai… »

Extrait de :

Testament, 1845

Il semble tout à fait adéquat d’amorcer la lecture de la poésie ukrainienne par deux géants de la littérature : Taras Chevtchenko ainsi que Lessia Oukraïnka, ils nous amènent tous deux dans des domaines où la parole demeure salvatrice. Le chant du Kobzar (version ukrainienne de notre barde) ne peut pas mourir…

François Szabó

Notre âme ne peut pas mourir de Taras Chevtchenko, traduit et préfacé par Guillevic, avant-propos d’André Markowicz, Éditions Seghers, 2022, 121 pages

vendredi, avril 29, 2022

"Une enfance persane" de Vida Estivale (France, Iran)


Le récit de Vida Estivale commence par un désastre (un deuil) en 1956, alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Il se termine par un mystère, le pressentiment, peut-être, d’un autre malheur.

Mais entre les deux, et même depuis, que de lumière, de parfums, de couleurs, de fruits, d’images ! « Le souvenir du bonheur est encore du bonheur » a écrit un chanteur. Vida nous fait partager ses journées de petite fille dans « l’Iran d’antan », au sein d’une famille éclairée, dont les membres se répartissent - non sans conflits, parfois - entre l’islam et le bahaïsme, religion qui prône l’égalité hommes-femmes, l’éducation pour tous, l’harmonie entre religion et science (sept millions de membres aujourd’hui, dans près de deux cents pays). « À cette époque, le tchador n’était qu’un habit traditionnel… fait de beaux tissus de couleur aux motifs souvent très joyeux (…) En été, les tchadors transparents donnaient une allure sensuelle aux femmes, dont on devinait parfaitement la silhouette ».

mercredi, avril 20, 2022

"La bonne chance" de Rosa Montero (Espagne)

 


Après « la chair » del’autrice espagnole Rosa Montero, voici qu’est sorti « La bonne chance » à l’automne 2021 : l’occasion de retrouver celle qui nous a déjà régalés avec sa « Folle du logis » ou bien avec « Le roi transparent » ou bien d’autres encore.

Qu’est-ce qui peut pousser ici Pablo, architecte mondialement reconnu, en route depuis Madrid par un train qui dessert les petites gares jusqu’à la ville où il est attendu pour y donner une conférence, à chercher à revenir sur ses pas en direction du petit village de Pozonegro, à acheter sur le champ un appartement miteux donnant sur la ligne de chemin de fer, et à s’y installer sans donner de nouvelles à qui que ce soit ?

Pablo a un comportement curieux. C’est aussi ce que se dit Raluca, l’autre protagoniste principale de cette histoire, sa voisine dans cet immeuble sans goût ni grâce, dans cet endroit sans absolument aucun intérêt, mais qui décide malgré tout d’aider Pablo dans une sorte de solidarité naturelle : elle va le guider dans le seul supermarché de la ville, où elle est caissière, à effectuer de premiers achats indispensables, et puis ensuite va même lui trouver un travail de mise en rayon dans ce même supermarché – une activité incroyable pour qui jusqu’ici dirigeait un grand cabinet d’architecte avec des commandes venant de partout.

jeudi, avril 14, 2022

"La Claire caresse / La Clara caricia" de Anna Serra (Catalogne, France)

 


La Claire caresse / La Clara caricia est un recueil de poèmes bilingue en français et en catalan, suivi d’une pièce de théâtre « Les Voix du bain / Les Veus del bany » sur le Prieuré de Serrabona. Anna Serra par de nombreux moyens livre une poésie pulsée par le son avec sa radio O, par la vision avec sa revue Or et se construit un paradis avec sa ferme La Perle dans le Morvan. 

Admirable poésie qui surpasse l’imagination et offre une expérience sensible inouïe, Un monde viable doux et créatif, sublime et jubilatoire, sacré mais altruiste. 

En bref, tout ce qui nous est nécessaire.

François Szabó

 

La Claire caresse / La Clara caricia de Anna Serra, Edition bilingue français-catalan, Editions Paraules, Editions Lanskine, 2021, 167 pages